Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 625 / 10.01 – Une action de soutien solidaire et humanitaire permanente

Brigitte Challande, 12 janvier 2026.– Compte rendu du type d’actions menées par les équipes pour apporter une réponse concrète sur le terrain dans les zones les plus densément peuplées.

« Depuis de longs mois, les rapports humanitaires se succèdent pour documenter l’ampleur de la catastrophe sans précédent que vivent les habitants de la bande de Gaza, où la vie quotidienne s’est transformée en une lutte ouverte pour la survie, dans un contexte de destructions massives, de déplacements forcés et d’effondrement de la plupart des éléments essentiels de la vie. Les scènes de tentes disséminées le long des zones côtières ou au cœur des villes dévastées sont devenues une réalité quotidienne qui résume l’ampleur de la tragédie vécue par les civils. Dans des rapports précédents, nous avons abordé la situation des familles déplacées vivant dans les camps de fortune répartis le long des zones occidentales longeant la mer, ou à l’intérieur de villes ayant subi des destructions considérables telles que la ville de Gaza, Deir al-Balah et Khan Younès, où ces zones manquent du minimum de services essentiels et où les familles vivent dans des conditions humanitaires extrêmement difficiles.

Cependant, ce rapport met en lumière de manière plus approfondie l’une des zones de déplacement les plus densément peuplées et les plus durement touchées, à savoir les camps des agriculteurs situés dans la région d’Al-Mawasi de Khan Younès, qui constituent l’un des plus grands regroupements de personnes déplacées dans la bande de Gaza.

Cette zone côtière, autrefois connue pour son caractère agricole, s’est transformée en un refuge forcé pour des milliers de familles ayant perdu leurs maisons, leurs terres et leurs sources de revenus dans l’est de Khan Younès. Les camps des agriculteurs sont situés sur le littoral de Khan Younès, dans un environnement rude dépourvu du minimum requis pour une vie digne. Cette zone comprend deux camps principaux considérés parmi les plus grands camps de déplacement de la bande de Gaza. Ils accueillent des familles d’agriculteurs déplacées de force depuis l’est de Khan Younès, des localités d’Al-Fukhari, Khuza’a et Abassan, après que ces zones ont été transformées en champs de ruines impropres à la vie.

Le camp Al-Fajr abrite 1.250 familles, tandis que le camp Al-Sumoud accueille 750 familles déplacées. Toutes vivent dans des tentes temporaires ou sous des bâches en plastique qui ne protègent ni de la chaleur estivale ni du froid hivernal, et n’offrent ni intimité ni sécurité. Outre ces deux grands camps, plusieurs petits camps sont disséminés dans la ville de Khan Younès et la ville de Hamad. Ces camps disposent de moyens très limités et souffrent des mêmes défis, que ce soit en matière d’abri, de nourriture, d’eau ou de services de santé.

Les camps Al-Fajr et Al-Sumoud figurent parmi les principaux camps avec lesquels l’UJFP travaille directement, puisqu’ils relèvent entièrement de sa responsabilité. Les équipes assurent la gestion des deux camps, le suivi quotidien de la situation des familles déplacées, ainsi que l’identification des besoins essentiels et évolutifs des habitants, dans un contexte humanitaire extrêmement complexe. Le rôle des équipes ne se limite pas à l’aspect administratif, mais englobe également la mise en œuvre d’interventions humanitaires directes. Elles fournissent notamment des repas alimentaires aux familles déplacées dans les deux camps, afin d’atténuer l’insécurité alimentaire et de garantir l’accès à la nourriture aux groupes les plus vulnérables, en particulier les enfants et les personnes âgées. Avec l’arrivée de l’hiver, les défis se sont multipliés, poussant les équipes à s’efforcer de fournir les fournitures hivernales de base, telles que des tentes supplémentaires, des bâches en plastique et des vêtements d’hiver pour les enfants, face aux fortes pluies et aux vents violents qui frappent la zone côtière et aggravent les souffrances des familles déplacées.

L’action de l’UJFP ne s’arrête pas à ces interventions. Ses équipes veillent également à maintenir une communication et une coordination continues avec plusieurs organisations actives dans la bande de Gaza, afin d’unifier et de compléter les efforts, et de garantir la couverture du plus grand nombre possible de besoins des familles déplacées. Dans ce cadre, une coordination conjointe entre l’UJFP et son partenaire, l’organisation palestinienne pour le dévelopement (POD), a permis d’assurer un approvisionnement régulier en eau potable aux camps Al-Fajr et Al-Sumoud, dans un contexte de grave pénurie d’eau dans le territoire.

Au cours du mois de décembre 2025, les équipes de l’UJFP, en collaboration avec des associations locales, ont pu mettre en œuvre une série d’interventions humanitaires importantes. Ainsi, 890 kits d’hygiène ont été distribués aux familles déplacées, dans le but de limiter la propagation des maladies dans un environnement surpeuplé et dépourvu de conditions sanitaires adéquates. Des couvertures ont été distribuées à 890 familles, ainsi que 103 nouvelles tentes fournies aux familles les plus nécessiteuses, afin de remplacer les tentes endommagées ou impropres à l’utilisation.

Dans le cadre du soutien aux familles, l’UJFP a réussi à mobiliser une organisation donatrice qui a accordé une aide financière de 250 shekels à chaque famille des deux camps. Cette intervention a contribué à permettre aux familles de répondre à certaines de leurs besoins urgents selon leurs priorités propres. Il convient de souligner que les équipes travaillant dans les camps Al-Fajr et Al-Sumoud sont issues de ces camps eux-mêmes. Elles vivent les mêmes conditions difficiles et partagent la souffrance quotidienne des familles. Elles font également partie des comités de gestion des camps, ce qui leur confère une compréhension approfondie de la réalité du terrain et facilite la prise de décisions rapides et plus adaptées aux besoins réels.

Par ailleurs, l’équipe de terrain joue un rôle central dans la réponse d’urgence aux besoins pressants qui apparaissent en dehors des programmes planifiés. Les équipes reçoivent en permanence des appels humanitaires de la part des habitants, que ce soit par téléphone ou via les réseaux sociaux. En réponse, l’équipe effectue des visites de terrain urgentes pour évaluer la situation et les besoins réels, puis s’efforce de fournir l’aide possible en fonction des ressources disponibles. Au cours des deux dernières semaines, les équipes de l’UJFP ont traité environ 40 appels humanitaires urgents, auxquels elles ont répondu par la distribution de bâches en plastique, ciblant près de 15 camps de déplacés dans le centre de la bande de Gaza, afin d’assurer un minimum de protection et d’abri aux familles touchées.

Le lecteur peut s’interroger sur les raisons de la forte concentration des activités de l’UJFP dans les camps des agriculteurs à Al-Mawasi de Khan Younès. En réalité, cette concentration ne signifie pas l’exclusion des autres régions, puisque l’organisation met en œuvre diverses activités dans l’ensemble de la bande de Gaza. Celles-ci incluent la fourniture de repas alimentaires aux familles déplacées à Deir al-Balah, l’organisation d’ateliers de soutien psychosocial à Gaza-ville et à Deir al-Balah, ainsi que des initiatives agricoles à Deir al-Balah, et auparavant dans les zones de Khuza’a et Abu Ta’ima.

Les interventions de l’UJFP concernent également les pêcheurs, à travers la distribution de bâches en plastique, de tentes et de vêtements d’hiver pour les enfants, dans le but d’atténuer les effets de la crise sur ces groupes ayant perdu leurs moyens de subsistance.

Cependant, l’attention particulière accordée aux camps des agriculteurs à Al-Mawasi de Khan Younès s’explique par la relation de longue date et le lien étroit qui unissent l’UJFP à ces familles depuis des années, lorsqu’elle travaillait avec elles dans l’est de Khan Younès avant le déplacement. Ce lien humain et professionnel accumulé a constitué une motivation essentielle pour continuer à les soutenir et à rester à leurs côtés dans les moments les plus difficiles. Les camps des agriculteurs à Al-Mawasi de Khan Younès ne sont pas de simples tentes temporaires, mais l’histoire d’un long déplacement, d’une résilience quotidienne et d’une action humanitaire continue, reflétant la détermination des familles palestiniennes à s’accrocher à la vie malgré la dureté de la réalité, dans l’attente du jour où elles retourneront dans leurs maisons et sur leurs terres, et retrouveront leur droit de vivre dans la dignité et la sécurité. »

Photos et vidéos : Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Hilal / Distribution de repas aux familles du camp d’Al-Fajr (agriculteurs) / Répondre aux appels humanitaires urgents en distribuant des bâches en plastique aux personnes déplacées / Le rôle de l’UJFP dans la réponse d’urgence aux besoins urgents


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

 Partie 615 : 1er janvier 2026. Partie 616 : 2 janvier. Partie 617 : 4 janvier. Partie 618 : 5 janvier. Partie 619 : 6 janvier. Partie 620 : 6 janvier (1). Partie 621 : 7 janvier. Partie 622 : 8 janvier. Partie 623 : 9 janvier. Partie 624 : 9 janvier (1).

* Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268)
* Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
* Témoignages du 10 mai au 5 octobre 2025 (partie 393 à 540)
* Témoignages du 6 octobre au 31 décembre 2025 (partie 541 à 614)
Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com
Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing