Un scénario qui leurre les Palestiniens

Ramona Wadi, 5 novembre 2026. – Plus d’un an s’est écoulé depuis que la France a reconnu l’État de Palestine, lors de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies en 2025 ; pourtant, la diplomatie n’a guère dépassé le stade du symbolisme et de la répétition de discours convenus. Lors d’une rencontre à Ramallah, le 3 novembre, le vice-président de l’Autorité palestinienne, Hussein Al-Sheikh, et l’envoyé français pour la Palestine, André Parant, ont évoqué les violations flagrantes du droit international qui perdurent depuis des décennies du fait du colonialisme israélien, notamment les violences des colons en Cisjordanie occupée et à Jérusalem, ainsi que « les souffrances persistantes » à Gaza.

Hussein al-Sheikh, vice-président de l’État de Palestine, reçoit l’envoyé spécial français André Parant. Photo : Huthaifa Surour

D’innombrables réunions ont été consacrées à ces mêmes questions, sans jamais aborder la réalité du colonialisme. Pourtant, comme l’a rapporté le Département des négociations de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Hussein Al-Sheikh a « souligné l’importance pour la France de poursuivre son rôle politique et diplomatique en soutien aux droits du peuple palestinien », en s’appuyant sur une reconnaissance symbolique de l’État palestinien et sur le maintien du paradigme des deux États. Il n’est évidemment jamais précisé en quoi cette reconnaissance symbolique, couplée à l’insistance sur un paradigme désormais obsolète, contribue réellement à défendre les droits des Palestiniens.

La réunion a également porté sur les « efforts » en vue des élections législatives et présidentielles palestiniennes, que le dirigeant de l’Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, a de nouveau reportées à septembre 2027. Selon le comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), ce report est dû aux agissements d’Israël en Cisjordanie occupée, à Jérusalem-Est et à Gaza, qui entraveraient le processus électoral.

Dans une déclaration commune, les ministres des Affaires étrangères de la France, du Canada, de l’Australie et du Royaume-Uni ont exprimé leurs « profonds regrets » face à la décision de Mahmoud Abbas, tout en rappelant que ces élections s’inscrivaient dans l’engagement pris par ce dernier en faveur de réformes. Le renforcement de la gouvernance palestinienne, ajoute le communiqué, est nécessaire « pour continuer à bâtir les fondations institutionnelles d’une solution à deux États viable ». Or, ce renforcement de la gouvernance palestinienne est un objectif que la communauté internationale était censée poursuivre depuis des décennies ; pourtant, la question est présentée comme s’il s’agissait d’une nouveauté.

Parallèlement à la rhétorique diplomatique sur le renforcement des institutions et la protection des Palestiniens, des engagements qui ne se traduisent par aucun acte concret, 4.969 Palestiniens ont été déplacés de force à Hébron en l’espace de deux semaines.

Chaque jour, le bilan des victimes palestiniennes à Gaza s’alourdit : depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, 1.602 Palestiniens ont été tués à Gaza, portant à 74.618 le nombre total de Palestiniens ayant péri dans la bande de Gaza depuis le début du génocide en octobre 2023.

Les Palestiniens ne sont manifestement pas protégés. Ni par la France, ni par de prétendues réformes, et encore moins par une reconnaissance symbolique ou par l’adhésion au paradigme de la solution à deux États.

La diplomatie ne leur est d’aucun secours, puisque les Palestiniens continuent d’être tués et déplacés de force par Israël. Pourtant, l’Autorité palestinienne agit comme si la communauté internationale protégeait activement les Palestiniens, alors même que plusieurs pays se sont rendus complices du génocide perpétré par Israël à Gaza, et en sachant pertinemment que le consensus international autour de la solution à deux États favorise, en réalité, la colonisation de la Palestine par Israël. L’interdiction des produits issus des colonies ne freine guère le processus colonial, puisqu’elle n’entrave en rien l’expansion coloniale israélienne.

Par ailleurs, toutes les initiatives prises par les dirigeants mondiaux se concentrent sur le paradigme de la solution à deux États plutôt que sur le sort du peuple palestinien. Le rôle diplomatique de la France, tout comme celui d’autres nations, se limite à suivre un scénario obsolète que l’Autorité palestinienne s’obstine à promouvoir.

Source : Middle East Monitor