Peu importe les résultats des élections, les deux décennies passées par Netanyahou au pouvoir portent en elles une condamnation d’Israël tout entier

Samuel Geddes, 27 octobre 2026.- Les extrémistes juifs qui contrôlent « Israël » ne cherchent plus guère à dissimuler leur intention de bâtir un « Troisième Temple » à la place de la mosquée al-Aqsa et du Dôme du Rocher. S’ils y parvenaient, l’un des rituels qu’ils prétendent vouloir rétablir consisterait à transférer symboliquement les péchés collectifs des Israélites sur deux boucs : l’un serait sacrifié, tandis que l’autre serait abandonné dans le désert. Ce rite est à l’origine de l’expression « bouc émissaire », qui désigne le fait de faire porter à autrui les conséquences d’actes commis par d’autres.

Illustration Ali Al-Haddi Schmeiss pour Al-Mayadeen.

À l’approche des élections générales israéliennes de 2026, une version plus abstraite de cette pratique est mise en avant, dans l’espoir, fondé ou non, que les près de vingt années passées par Benjamin Netanyahu au poste de Premier ministre touchent à leur fin.

Selon certaines personnalités, comme l’ancien Premier ministre Ehud Olmert, la responsabilité des atrocités commises par le régime israélien incombe à Netanyahu, Smotrich et Ben-Gvir ; leur éviction supposée permettrait à « Israël » de redevenir une entité « normale », les deux dernières décennies n’ayant été, selon cette vision, qu’une simple aberration.

Si l’on suit ce raisonnement, la réputation d’« Israël » pourrait, dans une certaine mesure, être « réinitialisée » par un nouveau gouvernement, à supposer, bien entendu, que la carrière de Netanyahu s’achève dans les semaines à venir.

Toutefois, cette tentative d’imputer les horreurs des trois dernières années au seul Premier ministre perd toute crédibilité dès lors que ce sont précisément ses agressions régionales et les atrocités qu’il a ordonnées qui, jusqu’à présent, ont permis à son gouvernement de se maintenir au pouvoir.

Il est de notoriété publique, dans la vie politique israélienne, que les gouvernements arrivent rarement au terme de leur mandat. La règle, quasi systématique, veut que des fractures au sein de la coalition ou des scandales internes provoquent la chute du gouvernement bien avant l’échéance prévue, ce qui conduit, dans la plupart des cas, à des élections « anticipées ».

Le gouvernement sortant de Netanyahu a, d’une certaine manière, réussi à échapper à cette règle, tout comme le Premier ministre parvient, en règle générale, à s’affranchir des obligations légales auxquelles il est pourtant, en théorie, lui aussi soumis. Depuis l’opération du 7 octobre 2023, le gouvernement de coalition du Premier ministre se trouve « au bord » de l’effondrement ; sa survie n’est assurée que grâce à ses partenaires de coalition : les partis ultra-orthodoxes et les formations d’extrême droite représentant les colons juifs, menées par Smotrich et Ben-Gvir.

Il est établi depuis longtemps, pour quiconque prête un tant soit peu attention à la situation, que la nature et l’enchaînement des agressions régionales croissantes d’« Israël », de la destruction de Gaza aux attaques contre l’Iran, relèvent d’une stratégie cynique de Netanyahu visant à empêcher la chute de son gouvernement. Il cherche ainsi à retarder l’heure des comptes pour ses défaillances sécuritaires, tout en repoussant la reprise de ses multiples procès pour corruption.

Chaque nouveau front ouvert du Liban à la Syrie, en passant par le Yémen et, à nouveau, Gaza n’a eu pour but que de gagner du temps, aussi longtemps que possible, jusqu’au 27 octobre 2026, date limite légale pour la tenue d’élections.

La fuite en avant effrénée de Netanyahu dans la région, qui a notamment plongé le monde dans une crise économique existentielle, n’est pas uniquement le fait du Premier ministre ; elle a été rendue possible par l’ensemble de la classe politique israélienne, pourtant parfaitement consciente du cynisme profond qui motive ses actes.

La vérité accablante, qui explique comment une telle situation a pu perdurer, est que la société israélienne soutient massivement ces guerres.

Malgré les tentatives des idéologues « sionistes libéraux » pour établir une distinction entre Netanyahu et l’opinion publique israélienne, cette dernière soutient très largement le génocide dans la bande de Gaza ainsi que l’expulsion forcée de la population palestinienne ; la proportion de ceux qui estiment qu’une force « excessive » a été employée n’a jamais dépassé quelques pourcents.

Chaque fois que le Premier ministre a choisi de rouvrir un front, notamment contre le Hezbollah au Liban ou contre l’Iran, il a saboté avec acharnement toute tentative de contenir la situation par un cessez-le-feu. Et ce, malgré ses échecs, précisément parce que l’opinion publique israélienne soutient massivement une agression totale et permanente contre tous ses adversaires, quel qu’en soit le coût pour le projet colonial lui-même.

Si l’opposition de la société israélienne aux agissements du régime était une réalité, ce gouvernement serait tombé depuis longtemps, et le règne du chaos instauré par le Premier ministre aurait pris fin. Le simple fait que le monde retienne son souffle, dans l’attente que Netanyahou ne relance la guerre avec l’Iran afin de perturber ou de retarder les élections, démontre que ces agissements constituent, à ses yeux, des arguments électoraux destinés à séduire l’électeur israélien moyen. Il n’envisagerait rien de tel et n’y aurait d’ailleurs pas consacré les trois dernières années s’il n’était pas parfaitement assuré de bénéficier d’un soutien quasi unanime de l’opinion publique.

En réalité, si l’ère Netanyahou devait prendre fin, ce ne serait rien d’autre que le résultat de l’aversion personnelle qu’éprouve une courte majorité d’Israéliens à son égard, une aversion nourrie par sa corruption, sa malhonnêteté pathologique et son allégeance servile à ses seuls intérêts.

Il ne faudrait surtout pas interpréter cela comme une quelconque réhabilitation de la société israélienne : Nétanyahou est, historiquement, une figure facile à détester ; la véritable question serait plutôt : pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps, au prix de tant de destructions et de morts, pour qu’« Israël » cesse de récompenser les mensonges, les atrocités et la corruption d’un seul homme, comme s’il s’agissait de vertus ?

Article original en anglais sur Al Mayadeen / Traduction MR