Daniel Hilton et Adam Chamseddine, 5 août 2026. – Le parti libanais a été vaincu, affaibli et donné pour mort. Pourtant, il a réussi à renaître de ses cendres malgré la pression exercée par des ennemis de toutes parts. Voici le récit, de l’intérieur, de la manière dont cela s’est produit.
Il y a eu un moment, fin septembre 2024, où le Hezbollah était en plein désarroi.
Quatre-vingts bombes israéliennes avaient pulvérisé le quartier général du mouvement libanais. Plusieurs de ses plus hauts dirigeants avaient péri, dont Hassan Nasrallah ; il semblait que les Israéliens l’avaient localisé et qu’il n’était en sécurité nulle part, pas même à près de 20 mètres sous terre.
Non seulement les commandants du Hezbollah soupçonnaient Israël d’avoir piraté leurs téléphones et d’être au courant de leurs moindres faits et gestes, mais l’État hébreu avait également piégé des milliers de bipeurs et de talkies-walkies, avec des conséquences dévastatrices.
Les commandants survivants ont alors abandonné leurs téléphones pour enfourcher motos et scooters, circulant à toute allure dans Haret Hreik, Chiah et les autres quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, communément appelée Dahiyeh.
Tout était compromis. Si Nasrallah n’était pas en sécurité, personne ne l’était.
Il était temps de mettre en œuvre le plan de la dernière chance, celui que les commandants n’avaient jamais imaginé devoir utiliser : se retrouver à des points de rendez-vous disséminés dans Dahiyeh, près de repères locaux tels que des boulangeries, des agences bancaires ou des boutiques de téléphonie.
Le contact devait s’établir visuellement. Les échanges devaient se faire exclusivement en personne.
Une fois réunis, ils ont élaboré un plan pour remobiliser le parti et faire face à l’invasion israélienne imminente du sud du Liban. Ce fut le début de la contre-offensive du Hezbollah ; une riposte qui a permis au mouvement armé de se relever alors qu’il était au bord du gouffre et de poser les jalons d’un changement radical de stratégie.
Middle East Eye s’est entretenu avec sept personnalités connaissant parfaitement le Hezbollah, ainsi qu’avec des sources proches du parti, des responsables politiques et officiels libanais et des diplomates arabes. La quasi-totalité d’entre eux se sont exprimés sous couvert d’anonymat.
Ils ont révélé comment le Hezbollah a été entraîné dans une guerre malgré de sérieuses réticences, et ont détaillé la manière dont le parti a réussi à relancer sa branche militaire après sa défaite. Les sources de MEE éclairent également les discussions internes concernant l’avenir du parti, le rôle de l’Iran dans les deux guerres menées par Israël au Liban depuis 2023, les difficultés économiques du Hezbollah et le mécontentement au sein de la communauté chiite qu’il affirme représenter et protéger.
Ces sources révèlent aussi à MEE :
*Comment l’attaque aux talkies-walkies fut presque un massacre.
*Comment le Hezbollah a reconverti une technologie de roquettes obsolète.
*Comment des joueurs de jeux vidéo ont renversé le cours de la guerre.
*Qu’un Donald Trump contrarié a exigé un entretien direct avec le Hezbollah.
Voici l’histoire de la défaite du Hezbollah face à Israël en 2024, de sa résurrection surprenante dans un nouveau conflit quinze mois plus tard, et de la situation actuelle du parti alors que ses ennemis, tant intérieurs qu’internationaux, cherchent à le neutraliser définitivement.
L’engrenage vers la guerre
En privé, les membres du Hezbollah s’accordent généralement à dire que l’attaque contre Israël en octobre 2023 a constitué une erreur profonde et historique. Du moins, dans la manière dont elle a été menée.
Selon trois sources, cette décision émanait exclusivement de Nasrallah et s’est heurtée à des avis divergents au sein du Conseil de la Choura, l’organe exécutif du Hezbollah.
Plus tôt ce mois-ci, la radio de l’armée israélienne a fait état de discussions entre le Hamas et le Hezbollah dans les mois et les années précédant l’attaque du groupe palestinien contre Israël, le 7 octobre 2023.
Citant des documents internes qui auraient été découverts par l’armée israélienne, la radio a rapporté que le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, avait exhorté Nasrallah à se joindre à lui pour une attaque surprise coordonnée contre Israël.
Nawaf Moussawi, haut responsable du Hezbollah, ancien député et chef du département des frontières et des ressources du mouvement, a qualifié ces informations de « guerre psychologique ».
« C’est de la pure propagande, cela ne reflète pas la réalité du terrain », a-t-il déclaré à MEE.
Toutefois, d’autres membres du parti, s’exprimant sous couvert d’anonymat, ont laissé entendre que les informations israéliennes contenaient une part de vérité.
Depuis des années, l’Iran et ses partenaires au sein de l’Axe de la résistance — une alliance d’États et de groupes armés — développent une stratégie d’« unité des fronts », visant à encercler Israël d’ennemis prêts à lancer des attaques de toutes parts.
Les piliers de cette stratégie étaient le général iranien défunt Qassem Soleimani et Nasrallah ; le charisme de ce dernier, ainsi que ses succès militaires et politiques, avaient fait de lui une figure régionale influente.
Parlant couramment l’arabe et rompu à d’innombrables batailles, Soleimani — en tant que chef de la Force Al-Qods, l’unité d’élite du Corps des gardiens de la révolution islamique chargée des opérations extérieures — supervisait et dirigeait parfois les alliés de l’Iran, tels que les paramilitaires irakiens et Ansar Allah, le mouvement yéménite communément appelé les Houthis.
Il jouissait également d’un grand respect au plus haut niveau de la hiérarchie iranienne ; son autorité et son poids politique pouvaient amener Téhéran à prendre des initiatives audacieuses et risquées, alors que le pays penchait naturellement vers une politique plus prudente de « patience stratégique ». Pour illustrer le dynamisme commun aux deux hommes, une source a relaté une conversation survenue en 2012 entre Soleimani et Nasrallah, au cours de laquelle le général iranien avait suggéré que le Hezbollah intervienne dans la guerre en Syrie pour soutenir Bachar el-Assad.
« Nasrallah a répondu : « Vous avez raison, nous devons y aller, mais nous aurions dû être en Syrie dès hier » », a rappelé la source.
La mort de Soleimani, tué par une frappe de drone américain à Bagdad en janvier 2020, a marqué un tournant décisif. L’Axe a perdu la force motrice du plan d’unité des fronts, qui a commencé à perdre de sa cohérence ; selon trois sources au sein du Hezbollah, c’est ce qui a fini par pousser le Hamas à prendre les choses en main le 7 octobre 2023.
D’après deux sources, Hossein Amir-Abdollahian, alors ministre iranien des Affaires étrangères, a clairement fait savoir à Nasrallah, lors de sa visite à Beyrouth après l’attaque, que Téhéran n’était prêt à soutenir la guerre que sur le plan moral.
Nasrallah, qui craignait tout autant que les Iraniens de provoquer une riposte américaine féroce, avait déjà décidé d’une intervention limitée. Le 8 octobre, il a ordonné le tir d’une salve de roquettes sur Israël, ouvrant ainsi un « front de soutien » alors que des bombes s’abattaient sur Gaza.
Toutefois, certains de ses conseillers clés, notamment Ibrahim Aqil — chef de la Force Radwan, l’unité d’opérations spéciales du mouvement —, étaient en désaccord avec cette décision. Ils estimaient que le Hezbollah devait soit s’engager totalement, soit ne pas intervenir du tout.
Une catastrophe évitée de justesse
Pendant un an, le Hezbollah et Israël ont échangé des frappes transfrontalières. Sept mille roquettes, missiles, drones ainsi que des frappes aériennes et d’artillerie ont été échangés de part et d’autre de la « Ligne bleue », une ligne de démarcation de l’ONU faisant office de frontière de fait.
Les pertes côté libanais ont largement dépassé celles enregistrées en Israël : 2.000 morts contre 70 au sud de la frontière.
Le Hezbollah a néanmoins immobilisé un nombre important de forces israéliennes, détournant ainsi des ressources du génocide perpétré par Israël à Gaza, et a provoqué le déplacement de 60.000 citoyens israéliens du nord du pays.
Les belligérants opéraient dans le respect de certaines règles tacites, selon lesquelles certaines attaques ou cibles entraînaient une riposte de même nature. Une attaque contre la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), avait prévenu Nasrallah, susciterait une frappe sur Tel-Aviv.
Cependant, Israël a commencé à repousser ces limites et à tester la détermination du Hezbollah. En janvier 2024, une frappe israélienne a tué Saleh al-Arouri, un haut responsable du Hamas, dans Dahiyeh.
Le Hezbollah a riposté par une attaque massive de roquettes visant une base israélienne sur le mont Meron. Selon des sources au sein du parti, cette cible a été choisie plutôt que Tel-Aviv car Arouri était palestinien et non libanais ; la réponse a donc été calibrée différemment.
Lorsque Fouad Shukr, le principal commandant militaire du Hezbollah, a été tué six mois plus tard, le parti a prévu de tirer un millier de roquettes sur Israël en représailles, mais les Israéliens ont pris les devants et détruit la plupart des sites de lancement avant que l’attaque n’ait lieu.
Selon deux sources du Hezbollah, les Israéliens avaient écouté les dirigeants planifier leur riposte tout au long du processus.
Ce n’est qu’à la mi-septembre que l’ampleur de la faille de sécurité et de renseignement du Hezbollah a été révélée au grand jour.
Le déclenchement par Israël de l’explosion de milliers de bipeurs et de centaines de talkies-walkies, les 17 et 18 septembre 2024, a été salué par ses partisans comme un événement « historique », digne d’un film de James Bond.
En infiltrant la chaîne d’approvisionnement du Hezbollah via des sociétés écrans, le Mossad a introduit des explosifs dans les appareils de communication, tuant une quarantaine de personnes et en blessant des milliers d’autres. David Barnea, alors chef du Mossad, a qualifié l’événement d’« exemple manifeste de l’accomplissement de notre mission ». Benjamin Netanyahu a offert à Donald Trump un bipeur en or pour commémorer l’attaque.
Des sources au sein du Hezbollah ne nient pas qu’il s’agissait d’un coup dur. Elles soutiennent toutefois que l’opération a été un échec.
Bien que les bipeurs, dont l’explosion a eu lieu le 17 septembre, aient accaparé l’attention médiatique, ce sont les talkies-walkies – plus volumineux, contenant davantage d’explosifs et utilisés par les combattants sur le terrain – qui constituaient la véritable cible.
Les bipeurs du Hezbollah servaient de moyen de transmission de consignes et étaient principalement utilisés par des non-combattants ; Israël avait commencé à fournir au groupe ces appareils piégés dès 2022. Environ 2.500 d’entre eux étaient en circulation au moment de l’attaque.
Toutefois, l’opération visant les talkies-walkies était en préparation depuis une dizaine d’années. Selon deux sources, 15.000 de ces appareils étaient stockées lorsque Israël est passé à cette phase de l’opération le 18 septembre. Fait crucial, ils étaient éteints.
Ce chiffre concorde avec les déclarations antérieures d’un agent du Mossad, affirmant qu’une société écran israélienne secrète avait fourni 16.000 talkies-walkies au Hezbollah.
Seuls quelques centaines d’entre eux ont explosé au lendemain de l’attaque aux bipeurs – contre des milliers pour ces derniers –, mais leur puissance destructrice est manifeste : au moins 25 personnes ont été tuées lors de cette seconde attaque, contre 12 la veille.
Selon deux sources au sein du Hezbollah, Israël a décidé d’agir plus tôt que prévu car le Mossad écoutait les délibérations internes du parti et savait que le temps pressait.
Début septembre, le Hezbollah et l’Iran ont pris conscience que la guerre ne pourrait être évitée, et le mouvement libanais a décidé de passer à l’offensive totale.
Une réunion était prévue pour le 19 septembre, au cours de laquelle la direction du Hezbollah devait valider officiellement une escalade majeure, incluant une offensive terrestre.
Cependant, une équipe d’inspection du Hezbollah continuait d’émettre des doutes concernant les bipeurs qui lui avaient été fournis.
Bien que les appareils aient déjà passé deux séries de tests avec succès, ils suscitaient toujours la méfiance ; il fut donc décidé d’envoyer des échantillons en Iran pour des examens complémentaires.
C’est cette décision, selon les sources, qui a forcé la main d’Israël.
« Si les bipeurs n’avaient pas explosé à ce moment-là, les talkies-walkies auraient été allumés et distribués à des milliers de combattants avant d’exploser », a déclaré l’une des sources.
La défaite du Hezbollah
Pendant 66 jours, Israël a mené une campagne aérienne et terrestre brutale contre le Hezbollah, lui infligeant coup sur coup.
Israël a non seulement tué Nasrallah, mais aussi son cousin et successeur, Hachem Safieddine.
La majeure partie de la direction militaire du parti a été anéantie, notamment Aqil et les commandants de la force Radwan, frappés alors qu’ils étaient réunis dans le centre de commandement utilisé par Nasrallah lors de la guerre de 2006 contre Israël.
Des unités entières ont été détruites, tout comme des stocks de munitions et d’autres cibles dont les Israéliens savaient qu’elles devaient servir à l’offensive du Hezbollah.
Comme l’ont indiqué précédemment des sources à MEE, les commandants ayant survécu à l’offensive ont été en grande partie épargnés parce qu’ils n’avaient pas répondu à leurs téléphones.
Dans le sud, de petites unités isolées de combattants du Hezbollah ont fait gagner du temps à leur parti en affrontant les troupes israéliennes d’invasion, sans rien savoir du carnage qui frappait la direction du Hezbollah plus au nord.
Alors que les combattants du Hezbollah retenaient les soldats israéliens dans le sud, l’Iran est intervenu pour soutenir son allié.
Selon deux sources, la structure militaire du Hezbollah reflète celle du Corps des gardiens de la révolution islamique : chaque commandant a un homologue iranien.
Lorsque les chefs de diverses unités et départements du Hezbollah — ainsi que leurs adjoints — ont été assassinés, leurs homologues iraniens sont venus au Liban pour aider à combler le vide. Parmi eux figurait, selon une source, Esmail Qaani, le successeur de Soleimani à la tête de la force Al-Qods. Abbas Nilforoushan, qui dirigeait la division libanaise de la force Al-Qods, a été tué aux côtés de Nasrallah lors de l’attaque contre le quartier général du Hezbollah.
Le Hezbollah estime que sa résilience a surpris Israël, qui a fini par accepter un cessez-le-feu.
Des sources au sein du parti affirment que Benjamin Netanyahu était convaincu que le Hezbollah pouvait désormais être éliminé politiquement grâce à des pressions internes et internationales, sans risquer la vie d’autres soldats.
En effet, l’idée s’est imposée, au Liban comme à l’étranger, que le Hezbollah avait été « décimé » et que sa puissance militaire ne représentait plus que 20 % de ce qu’elle était auparavant, voire moins.
Un courant d’opinion se développait autour de l’idée qu’il fallait en finir avec le Hezbollah pour sauver le Liban d’une destruction totale.
Selon un diplomate arabe, les Saoudiens étaient ravis de voir le Hezbollah aussi affaibli. Selon le diplomate, les Égyptiens ont emboîté le pas aux Français pour tenter d’expliquer au parti que son époque en tant qu’acteur non étatique le plus lourdement armé était révolue, et que ses dirigeants devraient accepter une sortie honorable.
D’après des sources au sein du parti, le Hezbollah était en mode survie et prêt à faire d’importantes concessions.
La chute de Bachar el-Assad en Syrie a encore davantage affaibli le Hezbollah.
Pendant dix ans, le parti a perdu des hommes et des ressources, et a vu s’éroder le soutien d’une grande partie de l’opinion publique arabe, en combattant les rebelles syriens pour maintenir au pouvoir un autocrate honni. Lorsqu’une offensive rebelle fulgurante a été lancée le jour même de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu au Liban, le Hezbollah n’était pas en mesure de sauver une nouvelle fois le président syrien.
La chute d’Assad a enhardi les ennemis du Hezbollah. Alors que l’accord de cessez-le-feu stipulait que le parti devait retirer toutes ses forces au sud du fleuve Litani, divers pays et partis libanais ont commencé à exiger un retrait encore plus important.
« Une fois Assad tombé, le discours a changé et l’exigence a porté sur un retrait au nord du Litani également, alors que nous savions tous que cela ne faisait pas partie de l’accord initial », a déclaré un diplomate arabe à MEE.
Cette approche maximaliste à l’égard du parti a favorisé un durcissement de sa position, une attitude plus belliqueuse. Les frappes quasi quotidiennes d’Israël contre le parti, en violation répétée de l’accord de cessez-le-feu, n’ont fait qu’accentuer cette tendance.
« L’État libanais et les États-Unis ont manqué une occasion d’intégrer le Hezbollah. Après novembre 2024, le parti avait signalé son ouverture et n’avait même pas pris part à la guerre de juin aux côtés de l’Iran », a indiqué une source proche du parti.
« Mais la poursuite des attaques israéliennes et le refus de l’État de proposer une porte de sortie ne lui ont plus permis de faire preuve d’indulgence. »
De la défense à l’attaque
Vu de l’extérieur, la branche militaire du Hezbollah semblait se vider de son sang durant la période de cessez-le-feu de quinze mois.
Face aux attaques israéliennes incessantes, il ne s’agissait pas tant d’une mort par mille entailles que de 3.000 frappes aériennes, de drones et d’artillerie.
Après avoir éliminé la plupart des commandants du Hezbollah et leurs remplaçants, Israël s’en prenait désormais aux remplaçants de ces derniers.
Parallèlement, les troupes israéliennes et les sous-traitants fortifiaient et agrandissaient cinq bases militaires, tout en rasant chaque ville et village à majorité chiite le long de la frontière.
« La zone frontalière ressemble désormais à un terrain de football : tout est parfaitement plat, pas un seul bâtiment ne tient debout, ni maison ni mosquée », a déclaré une source au sein du Hezbollah.
L’absence totale de réponse significative de la part du parti laissait penser qu’il était trop faible, ou trop timoré, pour se défendre encore.
En réalité, le Hezbollah opérait une restructuration militaire majeure, se plaçant dans une position lui permettant à nouveau de tenir tête à Israël.
Deux sources de haut rang ont confié à MEE que la branche militaire était devenue trop vaste et trop lourde à manœuvrer — trop encombrante et lente pour être efficace — et que la guerre l’avait affaiblie.
La solution consistait à démanteler cette structure pièce par pièce.
Selon ces sources, les unités et les départements ont été rendus totalement indépendants les uns des autres, suivant le modèle de guérilla qui s’était révélé si efficace sous le commandement du défunt chef du Hezbollah, Imad Mughnieh.
Chaque unité a reçu des directives — une sorte de manuel de scénarios préétablis — lui permettant d’opérer efficacement sans attendre d’ordres d’un commandement central au plus fort des combats.
La nouvelle instruction la plus importante stipulait que les combattants n’étaient pas tenus de lutter jusqu’à la dernière cartouche, encourageant ainsi les unités à céder du terrain si nécessaire.
Ce nouveau modèle a été mis à l’épreuve en mars de cette année, après que les États-Unis et Israël ont lancé une guerre contre l’Iran et tué son guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.
Khamenei était une figure spirituelle majeure pour le Hezbollah — qui suit la doctrine du wilayat al-faqih (tutelle du juriste islamique) de la République islamique — ainsi que pour de nombreux chiites libanais. Six roquettes ont été tirées par-delà la frontière en réponse à sa mort. Selon la version du Hezbollah, le parti était également convaincu que les Israéliens s’apprêtaient à lancer une nouvelle offensive contre le Liban en profitant de la guerre avec l’Iran, et a décidé de prendre les devants. Cette analyse a été corroborée par des informations parues ultérieurement dans les médias israéliens.
« La décision de tirer ces roquettes en mars émanait exclusivement de Naïm Qassem », a déclaré une source au sujet du successeur de Nasrallah au poste de secrétaire général. « Mais elle a reçu le soutien de l’Iran. »
Selon une autre source, l’Iran estimait que le Hezbollah aurait dû attaquer Israël en riposte aux violations du cessez-le-feu bien avant la mort de Khamenei, « mais le Hezbollah a jugé bon d’agir autrement ».
La mort venue du ciel
Les cybercafés et salles de jeux vidéo sont omniprésents au Moyen-Orient.
De Jérusalem à Téhéran, en passant par Le Caire, on trouve des jeunes dans des salles sombres saturées de fumée de tabac, réunis autour d’écrans pour s’affronter sur FIFA ou sur Pilotage en Immersion (FPV) ou « Tuez-les tous ».
Dans la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), des membres aguerris du Hezbollah déploraient le temps que la génération Z gaspillait dans des guerres fictives imaginées par des programmeurs américains. Aux yeux de ces vétérans ayant combattu les Israéliens, la jeunesse semblait s’amollir.
Ils étaient loin de se douter que ces mêmes jeunes allaient renverser le cours de leur prochaine bataille contre l’ennemi.
Lorsque la guerre a repris en mars 2026, les troupes israéliennes se sont déployées sur le territoire libanais, au sud du fleuve Litani et au-delà, et ont établi quelque 300 positions dans des lieux tels que des maisons privées, des bases militaires abandonnées et même un château des Croisés.
Des zones urbaines où avaient eu lieu d’âpres combats lors des précédents conflits, comme Bint Jbeil, ont été abandonnées par le Hezbollah, conformément aux nouvelles directives transmises aux unités. Mais Israël n’était en sécurité nulle part.
Les troupes israéliennes ont été constamment harcelées et prises pour cible ; une vingtaine de soldats ont été tués au sud-Liban depuis le 2 mars.
L’objectif est d’empêcher toute fortification de positions susceptibles de devenir permanentes, comme ce fut le cas pour cinq bases le long de la frontière en 2024. Pour cette mission, le Hezbollah a misé sur les drones.
Il a pour habitude de marquer chaque cycle de combats contre Israël par l’introduction d’une nouvelle arme — un atout dans sa manche témoignant d’une certaine ingéniosité.
En 2006, il s’agissait du missile antichar Kornet, capable de percer le blindage israélien et de créer la surprise sur le plan tactique. Cette fois, ce sont les drones FPV, pilotés via des câbles à fibre optique pour les protéger des brouillages.
Netanyahou a qualifié de « menace majeure » ces engins létaux et peu coûteux, qui fondent sur l’ennemi tout en filmant l’attaque en continu.
Comme en Ukraine, l’expertise nécessaire au pilotage de ces drones d’attaque puise ses racines dans la culture du jeu vidéo. Selon deux sources, les joueurs libanais constituent désormais la majeure partie des pilotes de drones du Hezbollah.
La technologie en elle-même n’a rien de particulièrement inédit. Le Hezbollah a utilisé ce drone lors de la guerre de 2024. Toutefois, la production s’est depuis considérablement intensifiée et les appareils ont été adaptés ; ils sont désormais capables de transporter davantage d’explosifs, constituant ainsi une menace accrue pour les chars Merkava.
Par chance pour le Hezbollah, l’organisation disposait déjà des matériaux essentiels à leur fabrication.
Durant le conflit de 2024, le Hezbollah a mis en service l’Almas-1, un missile antichar guidé perfectionné à fibre optique, doté d’un système de guidage combinant imagerie télévisuelle et thermique. Ce missile a été conçu par rétro-ingénierie à partir d’un missile israélien Spike tombé aux mains du parti.
Le problème résidait dans la portée limitée du câble à fibre optique (8 à 10 km), ce qui rendait ces missiles d’une utilité relative lors des affrontements transfrontaliers.
En 2026, le conflit se déroulant principalement sur le sol libanais, cette portée n’était plus un obstacle ; les stocks de câbles destinés à l’Almas ont alors été réaffectés aux drones FPV, plus discrets.
« Le Hezbollah a développé sa branche militaire pour acquérir un avantage qualitatif face à Israël, mais il a depuis changé de tactique pour privilégier la technologie. Les drones en sont la meilleure illustration », confie une source proche du parti.
Sur le plan technique, Israël et le Hezbollah respectent actuellement un cessez-le-feu en vigueur depuis le 16 avril, lequel n’a toutefois pas permis de mettre fin aux attaques entre les deux belligérants.
L’État libanais a cherché, par le biais de négociations directes avec Israël, à dissocier le Liban de la guerre américano-israélienne contre l’Iran.
Un accord-cadre très critiqué, négocié à Washington entre les deux pays, n’a abouti pour l’instant qu’à l’autorisation pour l’armée libanaise de se déployer dans une seule localité du sud dans le cadre d’un « projet pilote », alors même qu’Israël n’occupait pas cette localité auparavant.
Parallèlement, malgré les initiatives conjuguées de l’État libanais et du gouvernement israélien, la trêve reste essentiellement garantie par l’Iran, qui a menacé de perturber le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz si Israël venait à violer le cessez-le-feu.
Rien n’indique qu’un retour à la normale soit imminent dans le sud du Liban. Des sources au sein du Hezbollah et des responsables libanais laissent entendre qu’il s’agit d’une pause dans la guerre, et non de sa fin.
Interrogations au sein de la communauté chiite libanaise
Les zones frontalières entre le Liban et Israël dégagent une atmosphère singulière. Côté libanais, s’étendent de vastes champs d’agrumes et de tabac ainsi que des villas aux toits de tuiles, financées par les revenus de membres de la diaspora ayant réussi à l’étranger. Les feuilles de bananier s’avancent vers les routes sinueuses, telles des auto-stoppeurs en quête d’un trajet.
Au sud, les habitations et les cultures israéliennes s’alignent avec une régularité géométrique le long de la côte, formant des motifs complexes qui s’entremêlent dans les plaines en contrebas de Kiryat Shmona.
Les hauteurs, de part et d’autre, permettent aux habitants curieux d’observer, par-delà les clôtures et les pistes patrouillées par l’ONU, la vie et l’univers de leurs voisins.
Ces terres sont comme des jumelles identiques, séparées par le cataclysme de la Nakba et désormais dotées de personnalités radicalement différentes.
C’est dans ces régions que le Hezbollah a recruté ses premiers membres et sa base de soutien initiale : des chiites libanais déplacés au début des années 1980 par l’invasion israélienne, séduits par une rhétorique antisystème et l’engagement dans la résistance armée, au point de délaisser le mouvement Amal.
Aujourd’hui, ce sont ces mêmes communautés qui ont le plus souffert des deux derniers conflits impliquant le Hezbollah ; le contrat social qui les liait au parti s’effiloche comme jamais auparavant.
Environ 600 000 personnes restent déplacées, loin de leurs foyers du sud du Liban — des maisons dont beaucoup ont disparu après qu’Israël a décidé d’appliquer au Liban sa politique de destruction systématique des villes et villages de Gaza.
« Des interrogations émergent indéniablement au sein de la société chiite », confie une source proche du parti.
Des murmures de mécontentement se font même entendre dans le cimetière de la banlieue sud de Beyrouth (la Dahieh) où reposent les combattants tués. On y murmure des prières pour les fils, frères et époux disparus, tandis que des tout-petits courent entre les tombes, chacune pouvant accueillir jusqu’à quatre combattants.
« Je viens rendre hommage à mes amis tués en combattant l’ennemi », déclare un visiteur. « Mais je suis profondément troublé par tout ce qui s’est passé. »
Les deux derniers conflits ont été bien plus graves que toutes les épreuves traversées par la communauté chiite depuis la guerre civile de 1975-1990. Si l’intervention du Hezbollah dans la guerre de Gaza a suscité une certaine sympathie – y compris au sein de communautés libanaises et régionales traditionnellement hostiles au parti –, sa décision d’attaquer Israël en mars, semblant ainsi provoquer une nouvelle riposte brutale, a engendré rancœur et incompréhension.
Comme l’a déclaré à MEE Tarek Mitri, vice-Premier ministre libanais, il s’agissait d’« une guerre que le Liban ne voulait pas, qu’il n’a pas cherchée ».
Nawaf Moussawi, haut responsable du Hezbollah, soutient toutefois que les Israéliens ne quitteront jamais le Liban par la seule voie des négociations et que le fait de rendre le parti responsable de la guerre relève d’une « campagne médiatique d’inversion de la réalité ».
« Au lieu de désigner l’occupation comme le problème, cette campagne médiatique cherche à faire croire que c’est la résistance qui pose problème », a-t-il expliqué à MEE.
« Supposons que le Hezbollah n’existe pas. Il y aurait tout de même une organisation exprimant la volonté du peuple libanais de libérer sa terre. Cette organisation deviendrait alors le problème, même si elle s’appelait le Parti démocrate américain. »
Quoi qu’il en soit, un demi-million de chiites se retrouvent sans abri ; ni l’État, par le biais de négociations avec Israël, ni le Hezbollah, par la force, n’ont réussi à leur permettre de regagner leur foyer.
Parallèlement, le Hezbollah est tout simplement incapable de fournir les services sociaux qu’il assurait autrefois. Selon certaines sources, cela s’explique en partie par la grave crise financière que traverse le mouvement, mais aussi par le fait que les fonds disponibles sont prioritairement affectés aux activités militaires.
« Le parti prenait autrefois en charge le logement, les rénovations et les aides sociales. Cela a cessé », indique une source. « C’est parce qu’il n’existe plus de voie terrestre vers l’Iran via la Syrie et que les liaisons aériennes entre l’Iran et le Liban sont restreintes. Dans une certaine mesure, ce vide a été comblé par des initiatives caritatives, personnelles ou institutionnelles, émanant de la communauté chiite elle-même. »
Reste à savoir si ce mécontentement pourra se cristalliser en une opposition chiite au Hezbollah plus formelle, significative et organisée.
Le ciblage ouvertement confessionnel opéré par Israël — qui a qualifié les habitants du sud du Liban de « population chiite ennemie » — n’a fait que rapprocher la communauté du parti.
Il en va de même pour l’hostilité manifestée par certains Libanais d’autres confessions, qui ont fait preuve de peu d’empathie envers leurs compatriotes chiites et ont presque semblé se réjouir de la déchéance d’une communauté historiquement marginalisée avant l’essor d’Amal et du Hezbollah.
« Les chiites ont le sentiment d’être confrontés à une menace existentielle », a déclaré une source proche du Hezbollah, citant le comportement récent du mouvement Amal et de son chef, Nabih Berri, comme une illustration du rassemblement de la communauté sous la pression.
« Amal n’est pas idéologiquement proche de l’Iran, mais dans son éloge de Khamenei, Berri a affirmé qu’Amal entretenait un partenariat stratégique avec l’Iran. Ce n’étaient pas que des mots en l’air. »
« En privé, on entend des expressions de mécontentement nées de la frustration. Mais nous n’avons rien vu au-delà d’une opposition limitée ; rien de significatif qui laisse présager une nouvelle dynamique », a ajouté la source.
« Ce n’est plus le même parti »
Où en est le Hezbollah aujourd’hui, en août 2026 ?
Sur le plan militaire, il est considérablement affaibli, même si sa mutation vers une force plus agile, opérant selon des tactiques de guérilla, s’est avérée efficace.
Il n’existe pas de chiffres officiels concernant les membres tués au cours des deux derniers conflits, mais des sources au sein du parti estiment que le bilan humain pourrait se situer entre 4.000 et 10.000 personnes. La majeure partie de ces pertes a été enregistrée en 2024.
« Ce n’est plus le même parti qu’en 2023 », confie une source proche du cercle politique restreint du Hezbollah.
« Le Hezbollah disposait autrefois d’une puissance de feu considérable en matière de roquettes, d’une présence à la frontière et représentait une menace réelle et sérieuse pour Israël. Il bénéficiait de soutiens et de chaînes d’approvisionnement qui s’étendaient sans interruption à travers la région, jusqu’en Afghanistan. »
Toute velléité d’envahir la Galilée a disparu. Une source au sein du parti note que les slogans actuels se concentrent désormais sur la protection du Liban plutôt que sur celle de Jérusalem.
Soumise à une pression intense, la direction du mouvement a toutefois fait preuve de résilience et d’ingéniosité.
La nomination de Naïm Qassem au poste de secrétaire général a suscité, dans un premier temps, un certain mépris.
Il ne possède ni le charisme de Nasrallah, ni l’autorité religieuse et politique de Safieddine — lequel, tout comme Nasrallah, portait le titre de « Sayyed », attestant d’une ascendance remontant au Prophète. Pourtant, Qassem a su mener le Hezbollah à travers une période de turbulences extrêmes, tout en étant lui-même une cible pour les assassinats ciblés israéliens.
Une étape décisive a été franchie avec la vaste restructuration qu’il a menée plus tôt cette année, remodelant le parti à son image et écartant au passage des figures influentes. L’opération semble s’être déroulée sans heurts majeurs.
« Malgré tout ce qu’on a dit sur Qassem — notamment son manque de charisme —, il est en train de reconstruire le parti durant cette phase de transition », a déclaré la source proche du cercle politique.
« Il a prouvé qu’il était capable de tenir bon, de restructurer l’ensemble du parti et de le consolider. »
Si tous les hauts responsables militaires ont été tués, des membres de la génération fondatrice, tels que Qassem et Mohammed Raad — chef du bloc parlementaire du Hezbollah —, demeurent en poste. Il en va de même pour les poids lourds de la deuxième génération, tels que Hassan Fadhlallah, qui sont montés au créneau et ont gagné en influence.
« Puisque nous sommes un mouvement de résistance et que nous risquons d’être tués, il doit y avoir, à chaque poste, un remplaçant pour tout responsable susceptible d’être tué ou de tomber en martyr », a déclaré Nahaf Moussawi.
« Oui, on peut dire aujourd’hui que la première génération a été décimée, tout comme la deuxième, ainsi qu’une grande partie de la troisième. Pourtant, la résistance se poursuit », a-t-il ajouté.
« Les services de renseignement israéliens disposaient d’informations solides sur les première, deuxième et troisième générations. Mais aujourd’hui, ils se heurtent à une nouvelle génération qu’ils ne connaissent pas. »
En cette période de vulnérabilité, il est tentant d’imaginer que l’Iran joue un rôle plus important dans la direction du Hezbollah qu’à l’époque de Nasrallah. Pourtant, certaines sources indiquent que le nombre de conseillers iraniens sur le terrain est bien plus faible qu’auparavant.
« Je pense qu’à l’heure actuelle, la présence iranienne est à son niveau le plus bas en raison de difficultés logistiques. La Syrie n’est plus ouverte aux Iraniens et les liaisons aériennes sont plus compliquées », explique une source proche des cercles politiques.
« Il existe toutefois une coordination indéniable sur les plans politique et stratégique. C’est peut-être même le moment où elle est la plus forte. »
L’avenir de la région, tout comme celui du parti, dépend de l’Iran ainsi que de ses négociations et de ses confrontations avec les États-Unis, a-t-il souligné.
La guerre impliquant l’Iran n’a fait que renforcer les liens entre Téhéran et le Hezbollah, les Iraniens refusant de négocier une fin au conflit qui n’inclurait pas le Liban.
Un paysage politique en pleine mutation
Quant aux relations avec l’État libanais, elles sont actuellement au plus bas.
L’attaque du Hezbollah contre Israël le 2 mars, l’interdiction ultérieure des activités militaires du mouvement par le Premier ministre Nawaf Salam et les ouvertures du président Joseph Aoun envers Israël ont creusé le fossé entre le parti et l’État.
Selon certaines sources, de sérieuses discussions ont eu lieu au sein du parti, au lendemain de l’invasion israélienne de 2024, concernant l’avenir du Hezbollah et la possibilité pour lui de passer du statut de mouvement armé à celui de formation purement politique.
Le Hezbollah est déjà le principal parti au Parlement et constitue, depuis des années, un pilier de l’État libanais.
Bien qu’il ait été fondé en tant qu’organisation antisystème s’opposant aux fiefs confessionnels issus du système libanais de partage du pouvoir, le Hezbollah s’est adapté au fil des ans pour survivre et prospérer, en reproduisant les méthodes des partis et des personnalités qu’il disait abhorrer.
Lors du mouvement de contestation populaire de 2019, il a même protégé le système politique, qualifiant les manifestations de complot étranger et envoyant ses partisans démanteler les camps de protestation.
Selon une source proche des cercles politiques, le Hezbollah pourrait s’adapter à nouveau alors que le paysage politique intérieur évolue indépendamment de sa volonté.
« Des discussions ont lieu en coulisses au sein du parti au sujet du désarmement, de sa forme et de sa signification, mais on ne peut avancer aucune proposition en temps de guerre », a-t-elle déclaré.
« Fait important, Naim Qassem ne s’impose aucune ligne rouge. »
Il existe, naturellement, des personnalités qui s’insurgent à l’idée d’un désarmement ou de concessions envers l’État ou l’Occident.
« Ce n’est que mon avis, et certainement pas celui du parti, mais je pense que le Hezbollah devrait basculer dans une logique de folie, faite de bombardements et de meurtres. Revenir au Hezbollah des années 80 », a déclaré une source.
« Mais ce n’est pas si simple. Nous sommes désormais ancrés dans la société. »
Un facteur de complication réside dans la pression exercée par Israël, ainsi que par certains acteurs internationaux et libanais, sur l’armée libanaise pour qu’elle affronte le Hezbollah ; une perspective qui, aux yeux de nombreux Libanais, risque de déclencher une guerre civile.
Même The Economist a publié un article préconisant une intervention militaire plus musclée. « La peur est compréhensible, mais elle ne doit pas servir d’excuse à l’inaction. L’armée doit exercer son contrôle », a-t-il écrit le mois dernier.
Tarek Mitri, vice-premier ministre libanais, a déclaré à MEE qu’il est possible que les Israéliens voient cela d’un bon œil. « Mais je pense que ni l’armée ni le Hezbollah ne sont prêts à tomber dans le piège d’un affrontement entre eux. »
De son côté, Nahaf Moussawi a affirmé ne pas croire « que quiconque au Liban puisse prendre les armes contre la résistance à l’occupation, car cela signifierait sa propre destruction avant celle du Liban ».
Malgré les coups durs et les annonces prématurées de sa fin, le Hezbollah – et plus largement l’Axe de la résistance dirigé par l’Iran – est bien vivant. Il est armé, influent et connaît actuellement un regain de vigueur en tant que force de résistance, alors même que des troupes israéliennes sont déployées sur de vastes étendues du territoire libanais.
L’accord-cadre négocié par les États-Unis entre le Liban et Israël, largement perçu comme une capitulation et ouvertement raillé par Netanyahu, a même offert au Hezbollah une certaine marge de manœuvre politique.
« Cela a renforcé la position du Hezbollah face au gouvernement, car cet accord a été critiqué par nombre d’ennemis du parti », a indiqué une source.
Le Hezbollah, a souligné cette source, demeure au cœur de toutes les conversations et négociations en cours dans la région. Y compris dans le Bureau ovale.
Selon deux sources au sein du parti et une source diplomatique libanaise, Donald Trump a manifesté une telle colère lors de récentes négociations de cessez-le-feu qu’il a téléphoné à l’ambassadeur du Liban à Washington pour exiger une ligne directe avec le Hezbollah.
« Les responsables ont alors commencé à paniquer et à tenter de trouver un numéro de téléphone d’un membre du Hezbollah. Ils appelaient toutes les connaissances chiites, y compris des cheikhs pris au hasard, pour essayer de trouver le bon interlocuteur », a affirmé une source.
La demande de Trump, selon ces trois sources, a été rejetée.
Article original en anglais sur Middle East Eye / Traduction MR
