Selon un juge de la Haute Cour, Israël interdira l’entrée à quiconque qualifie le pays d’État d’apartheid

Quds News Network, 21 juillet 2026. – « La seule démocratie du Moyen-Orient » affirme désormais que toute personne qualifiant Israël d’État d’apartheid pourrait se voir refuser l’entrée sur le territoire, alors que la Haute Cour soutient l’interdiction d’organisations humanitaires à Gaza et en Cisjordanie.

Un juge de la Haute Cour israélienne a déclaré que quiconque qualifie Israël d’État d’apartheid n’a pas le droit de mettre les pieds dans le pays ; cette position interdirait l’entrée aux travailleurs humanitaires, aux défenseurs des droits et à toute autre personne utilisant un terme que la plus haute juridiction mondiale a déjà appliqué à Israël.

Lors d’une audience concernant des organisations humanitaires interdites à Gaza et en Cisjordanie, le juge Alex Stein (photo ci-dessus) a déclaré que quiconque décrit Israël comme un État d’apartheid « n’a pas le droit d’y mettre les pieds », qualifiant ce terme de partie intégrante d’un plan visant à mettre fin à l’existence d’Israël, deux ans après que la plus haute juridiction mondiale a reconnu Israël coupable d’apartheid.

Le juge Alex Stein a tenu ces propos lundi lors d’une audience portant sur des recours déposés par des organisations humanitaires internationales qu’Israël a empêchées d’opérer dans les territoires palestiniens occupés. Ces organisations ont saisi la justice après qu’Israël a rejeté leur demande de continuer à venir en aide à la population palestinienne. Un panel de trois juges — composé de Yael Willner, Ruth Ronnen et Alex Stein — a validé l’argument de l’État selon lequel il peut prendre en compte ce qu’il appelle la « délégitimation d’Israël » pour décider d’autoriser ou non ces organisations à travailler, et a recommandé aux requérants de retirer leur recours.

Le juge Stein a soutenu que qualifier Israël d’État d’apartheid ne relevait pas d’une critique légitime. Il a affirmé que cette étiquette franchissait des lignes rouges : si Israël peut être critiqué pour des actes de violence, le mot « apartheid » véhicule une connotation claire — celle que les États pratiquant l’apartheid ne devraient pas exister — et son utilisation délégitime Israël sur la scène internationale, s’inscrivant dans ce qu’il a qualifié de plan progressif visant à provoquer la fin de l’État. Il a conclu que quiconque qualifie Israël d’État d’apartheid n’a pas le droit d’y entrer.

Ces recours ont été déposés par Save the Children, qui œuvre dans les territoires occupés et à travers le monde depuis des années, par l’organisation italienne CESVI et par l’organisation suédoise Diakonia. La commission a justifié le refus d’autoriser ces groupes à opérer en citant des déclarations qui leur sont attribuées ainsi que les liens que certains d’entre eux entretiennent avec Islamic Relief, une organisation interdite par Israël en 2014. Willner, qui présidait la commission, a affirmé que l’État a le droit et le devoir de se protéger contre les entités qui le dénoncent ou le boycottent, et que cela ne justifiait pas une intervention du tribunal.

L’interdiction elle-même repose sur une décision du gouvernement adoptée il y a deux ans, fixant des conditions strictes pour les activités humanitaires dans les territoires occupés ; elle prévoit notamment qu’aucun groupe prônant la délégitimation d’Israël ne sera autorisé à exercer ses activités. Les avocats des organisations ont fait valoir que la critique de l’État relève de l’expression légitime, qu’Islamic Relief est une importante organisation internationale reconnue par l’Union européenne et les Nations unies, et que les groupes en question n’ont pas collaboré avec elle à Gaza ni en Cisjordanie. Le tribunal a rejeté ces arguments.

Le même jour, dans une affaire distincte, les juges ont ordonné le retrait d’un avis médical joint à une requête exigeant que des patients de Gaza soient autorisés à entrer en Israël pour y recevoir des soins, au motif que ce document contenait des accusations à l’encontre de l’armée et du gouvernement israéliens. Cet avis avait été rédigé par le Dr Ambereen Sleemi, une gynécologue forte de trente années d’expérience qui avait travaillé bénévolement pendant six semaines à l’hôpital Nasser de Gaza. Elle y décrivait la situation de femmes enceintes souffrant de malnutrition sévère, les pénuries de médicaments et de matériel, le sort de nourrissons atteints d’affections traitables mais privés de soins, ainsi que des cas de femmes blessées par balle et la destruction, par les forces d’occupation israéliennes, de stocks de lait infantile. Les juges ont estimé que l’avis contenait des affirmations inexactes et offensantes envers Israël et ses soldats ; le document a donc été retiré du dossier.

Cette requête, déposée par les organisations Physicians for Human Rights, Gisha, Adalah, HaMoked et l’Association pour les droits civils en Israël, visait à contraindre Israël à reprendre l’évacuation de patients de Gaza vers des hôpitaux de Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Les requérants soutenaient qu’Israël a l’obligation légale de protéger la vie des Palestiniens dont il contrôle les déplacements. L’État a rétorqué que l’évacuation vers des pays tiers constituait une meilleure option, alors même que seul un dixième environ des évacuations médicales depuis Gaza sont actuellement autorisées par rapport à la période précédant octobre 2023, dans un contexte d’effondrement du système de santé gazaoui.

La déclaration de Stein est frappante car la description qu’il souhaite ériger en motif d’exclusion correspond à celle que la Cour internationale de Justice (CIJ) elle-même a, dans les faits, validée. Dans son avis consultatif de juillet 2024, la CIJ a jugé illégale l’occupation des territoires palestiniens par Israël et a estimé que le régime de restrictions généralisées imposé aux Palestiniens s’apparente à une discrimination raciale systémique ; les conclusions de la Cour concernant la séparation maintenue par Israël entre Palestiniens et colons sont interprétées par les principales organisations de défense des droits comme signifiant qu’Israël est responsable d’apartheid. Des organisations de défense des droits humains, telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch, étaient déjà parvenues à la même conclusion. Selon la logique de Stein, les juges de la plus haute instance judiciaire mondiale, ainsi que les principales organisations internationales de défense des droits humains, se verraient eux-mêmes interdire l’entrée en Israël.

Ce constat ne se limite pas aux critiques extérieures. Tamir Pardo, qui a dirigé le Mossad israélien de 2011 à 2016, a affirmé en 2023 qu’Israël pratiquait l’apartheid ; il a déclaré à l’agence Associated Press que lorsque deux peuples vivant sur un même territoire sont soumis à deux systèmes juridiques distincts, il s’agit d’un État d’apartheid, ajoutant que son constat n’avait rien d’extrême mais relevait simplement du fait. L’ancien Premier ministre Ehud Barak a lui aussi averti qu’Israël « risquait de basculer » dans une situation d’apartheid en raison de sa domination permanente sur les Palestiniens dans les territoires occupés. Même le premier Premier ministre d’Israël, David Ben Gourion, avait mis en garde après 1967 contre le fait que le maintien de l’occupation des territoires transformerait Israël en un État d’apartheid.

La réaction aux propos de Stein a été immédiate. Le journaliste Jonathan Cook a souligné la contradiction flagrante de la situation : alors que la Cour internationale de Justice (CIJ) a qualifié Israël d’État d’apartheid, la Cour suprême israélienne affirme désormais pouvoir interdire l’accès à Gaza à des organisations humanitaires comme Save the Children si elles utilisent ce terme.

 Sources: Haaretz; Jonathan Cook on X; Ofer Cassif on X; The Guardian; Associated Press; International Court of Justice.

Article original en anglais sur Quds News Network / Traduction MR