Un webinaire du PRC examine le point de vue des jeunes sur l’identité, la mémoire et le droit au retour

Palestinian Return Centre, 20 juillet 2026 – Le Centre pour le Retour des Palestiniens (PRC) a organisé un webinaire intitulé « La génération qui retournera », explorant le rôle des jeunes générations palestiniennes dans la préservation de l’identité et de la mémoire collective, la défense du droit au retour et la transformation de leur lien avec la Palestine en une pratique continue sur les plans culturel, politique et des droits.

Réunissant des intervenants aux parcours géographiques, universitaires et personnels variés, le webinaire a examiné la manière dont le statut de réfugié et la vie en diaspora façonnent l’identité palestinienne. Il a également mis en lumière le rôle du militantisme étudiant, de l’art, de la recherche et de l’histoire orale pour contrer les tentatives d’effacement de l’histoire et du récit palestiniens.

En ouverture de l’événement, le militant de la solidarité avec la Palestine Shabbir Lakha a déclaré que le droit au retour — au cœur de l’action du Palestinian Return Centre depuis sa création en 1996 — n’est ni un simple slogan émotionnel ni une revendication qui s’éteindrait avec le temps. Il s’agit au contraire d’un droit inaliénable consacré par le droit international.

Tala Alsaadi : Les différents lieux de refuge ne rendent pas les Palestiniens moins palestiniens

Tala Alsaadi, étudiante et militante palestinienne vivant en Suède où elle suit un cursus en droits humains, a évoqué son parcours entre les Émirats arabes unis, la Syrie et la Suède. Ses deux parents palestiniens sont eux-mêmes nés dans des pays d’accueil différents.

Alsaadi a abordé la question à laquelle les Palestiniens de la diaspora sont constamment confrontés : « Palestinien de quel endroit ? » Selon elle, cette question sous-entend souvent que se dire « Palestinien » ne suffit pas comme réponse et qu’il faut y ajouter le nom d’un autre pays pour que cette identité soit comprise ou acceptée.

Elle a soutenu que le simple fait de dire « Je suis Palestinien » constitue en soi un élément essentiel de la préservation de l’identité palestinienne et de l’affirmation du droit au retour. Les différences d’accent, d’expériences culturelles et d’éducation n’affaiblissent pas le sentiment d’appartenance palestinienne, a-t-elle affirmé ; elles reflètent plutôt la Nakba et la dispersion forcée des Palestiniens à travers différents pays.

Alsaadi a également évoqué le racisme et les stéréotypes auxquels elle a été confrontée en grandissant dans une petite ville suédoise. Son installation ultérieure à Malmö, ville plus cosmopolite, l’a aidée à surmonter une partie de cet isolement et à canaliser sa colère dans un engagement associatif auprès des jeunes, en les soutenant dans les domaines de l’éducation, de l’emploi et de l’intégration.

Évoquant ses études en droits humains, elle a souligné que la guerre à Gaza avait révélé le fossé profond entre les principes proclamés par les institutions internationales et la manière dont ces principes sont appliqués aux Palestiniens. Elle a également révélé la sélectivité dont font preuve les États et institutions occidentaux lorsqu’il s’agit de déterminer quelles vies méritent d’être protégées et quelles souffrances peuvent être ignorées.

Néanmoins, Alsaadi a insisté sur le fait que les Palestiniens ne devaient pas renoncer aux outils juridiques et aux mécanismes de défense des droits humains. Au contraire, ils devraient s’appuyer sur le langage et les arguments du droit international pour demander des comptes à ceux qui en violent les principes.

Elle a ajouté que le militantisme étudiant et la conscience politique des jeunes générations continuent de lui donner de l’espoir. Cela inclut les enfants qui, dès leur plus jeune âge, s’impliquent dans des campagnes de boycott et des gestes de solidarité au quotidien.

Bisher Khalaf : Le militantisme étudiant doit dépasser la simple sensibilisation pour exercer une pression concrète

Ingénieur et chercheur spécialisé dans le militantisme étudiant, Bisher Khalaf s’est appuyé sur son expérience au King’s College de Londres pour souligner que vivre dans une ville multiculturelle ne garantit pas nécessairement une compréhension approfondie de l’histoire palestinienne.

Il a expliqué être fréquemment confronté à des questions et des attitudes fondées soit sur l’ignorance, soit sur une dépendance à des récits médiatiques biaisés, et ce, malgré l’abondance d’informations accessibles au public. Si l’éducation et la sensibilisation constituent donc un volet nécessaire du militantisme sur les campus, il a insisté sur le fait que la sensibilisation seule ne suffisait plus.

Selon M. Khalaf, la période ouverte en octobre 2023 a démontré la nécessité pour le militantisme étudiant d’aller au-delà des événements éducatifs et des expressions symboliques de solidarité. Les étudiants devraient, a-t-il affirmé, faire pression sur les administrations universitaires pour qu’elles divulguent leurs liens financiers et académiques, et exiger le désinvestissement des entreprises et institutions impliquées dans le soutien à l’occupation et aux violations commises par Israël.

Il a également appelé au recours à des formes légitimes de pression directe — telles que les manifestations, les occupations, les campements et l’interpellation directe des responsables universitaires — en particulier lorsque les administrations ne répondent pas aux lettres, aux pétitions et aux canaux de dialogue conventionnels.

Évoquant sa participation au campement étudiant du King’s College de Londres, M. Khalaf a souligné que de telles actions ne se limitaient pas à offrir un espace de contestation. Elles aidaient aussi les étudiants à surmonter le sentiment d’impuissance face aux tueries et aux destructions quotidiennes à Gaza, leur permettant de transformer leur colère en une action organisée, s’inscrivant dans un mouvement étudiant international plus large.

Le militantisme étudiant, a-t-il insisté, n’est ni marginal ni intrinsèquement extrémiste. Il est essentiel à la pérennité de tout mouvement de libération, car les universités rassemblent des jeunes dotés de l’énergie et de la capacité nécessaires pour s’organiser, contester les institutions et susciter le changement.

M. Khalaf a ajouté que la participation ne devait pas se limiter aux leaders visibles ou aux militants les plus en vue. Chaque étudiant peut apporter sa contribution en fonction de ses compétences, qu’il s’agisse de recherche, de travail médiatique, de bénévolat, d’organisation d’événements ou d’un soutien concret. Il a enfin souligné la responsabilité qui incombe à chaque génération de transmettre son expérience et ses connaissances à celles qui lui succéderont.

Emilse Dib : L’art et la documentation protègent la mémoire de l’effacement

Emilse Dib, cinéaste et chercheuse argentine d’origine palestinienne, a évoqué sa quête de ses racines palestiniennes. Sa famille a quitté Jérusalem pour s’installer en Argentine au début du XXe siècle.

Elle a raconté avoir grandi entourée d’amis d’origine européenne qui pouvaient se rendre dans les villes de leurs ancêtres en Italie, en Espagne ou en France, alors qu’elle n’avait pas cette possibilité concernant la Palestine. Cette situation a rendu son lien avec son lieu d’origine à la fois différent et plus complexe.

Elle a expliqué que l’identité palestinienne demeurait vivace au sein de sa famille grâce à la cuisine, à la musique, à certains mots et aux traditions culturelles. Toutefois, la guerre à Gaza l’a poussée à approfondir ses recherches sur l’histoire familiale et la culture palestinienne, tout en renforçant son sentiment de responsabilité : celui de comprendre et de transmettre le récit palestinien au sein de sa propre société.

Ses recherches explorent les liens entre les images que les Palestiniens documentent avec leurs téléphones portables et les formes plus traditionnelles d’expression culturelle, telles que la broderie, la dabké, la poésie et la musique.

Emilse Dib a décrit les contenus palestiniens partagés quotidiennement sur les plateformes numériques comme une forme de documentation, un témoignage et une archive vivante de la résistance. Selon elle, ces contenus ont contribué à faire évoluer la conscience de personnes qui, auparavant, percevaient la Palestine comme une question lointaine ou sans lien avec elles.

Elle a souligné que la culture ne se résume pas au folklore. C’est un moyen d’affirmer l’existence palestinienne et de résister aux tentatives d’appropriation des pratiques culturelles palestiniennes ou de les présenter comme étant israéliennes.

Elle a également mis en garde contre l’utilisation possible des nouvelles technologies, y compris l’intelligence artificielle, pour produire de fausses images et de faux récits susceptibles de réécrire ou de déformer l’histoire.

L’art, a-t-elle ajouté, permet d’atteindre des publics qui pourraient rejeter un discours explicitement politique ou s’en désintéresser. Dans le contexte palestinien, toutefois, l’art est indissociable de la politique : il porte la mémoire, témoigne d’une continuité historique et constitue une forme de résistance culturelle face à l’effacement.

Dr Kholoud Al-Ajama : Le retour est une pratique quotidienne et un droit individuel inaliénable

L’anthropologue et chercheuse palestinienne Dr Kholoud Al-Ajama a abordé la question du retour à travers sa propre expérience de réfugiée de troisième génération, née et élevée dans le camp de réfugiés d’Aïda, près de Bethléem.

Elle a souligné que la Nakba n’était pas un événement unique ayant pris fin en 1948, mais un processus continu qui perdure aujourd’hui à travers la guerre à Gaza, l’expansion des colonies, les déplacements de population et le nettoyage ethnique.

De même, a-t-elle soutenu, le retour ne doit pas être perçu uniquement comme un événement renvoyé à un avenir indéterminé. C’est aussi une pratique quotidienne et continue, qui s’exprime par la préservation des noms de villages, l’écoute des récits des parents et grands-parents, le maintien d’un lien avec la terre et la transmission de la mémoire aux nouvelles générations.

Dr Al-Ajama a rappelé comment sa grand-mère a fait de son village natal d’Ajjur une référence constante tout au long de sa vie dans le camp de réfugiés. Elle comparait les fruits, les terres et les cultures qui l’entouraient à ceux dont elle gardait le souvenir au village.

Ces références quotidiennes, a expliqué Dr Al-Ajama, ont permis à ses petits-enfants de connaître Ajjur et d’y retourner par la mémoire, bien avant de pouvoir s’y rendre physiquement.

Les réfugiés palestiniens, a-t-elle affirmé, ont préservé bien plus que des clés de maison et des titres de propriété. Ils ont également transmis des récits, des chansons, des traditions culinaires, des noms de lieux et des histoires orales. Les camps de réfugiés sont ainsi devenus des espaces politiques et éducatifs où les enfants apprenaient à connaître leurs villages et les circonstances du déplacement de leurs familles.

Cette transmission de la mémoire, a-t-elle soutenu, a démenti l’hypothèse coloniale selon laquelle les réfugiés âgés finiraient par mourir et les jeunes générations par oublier.

Dr Al-Ajama a également évoqué des projets dans le cadre desquels elle a accompagné des enfants et des réfugiés âgés lors de visites dans des villages palestiniens dépeuplés, à Jaffa et au bord de la mer. Ces visites permettent aux Palestiniens de se forger leurs propres souvenirs de ces lieux, plutôt que de dépendre uniquement des récits hérités des générations précédentes. Ils rétablissent également un lien physique avec une terre dont ils avaient été exclus.

Elle a rejeté l’idée selon laquelle le retour serait devenu impossible en raison des changements survenus sur le terrain. Elle a fait remarquer que de nombreux villages dépeuplés demeurent en grande partie vides ou ont été transformés en parcs et en forêts, dans le but de dissimuler leurs vestiges et d’effacer leur histoire.

Le retour est non seulement justifié sur le plan moral et juridique, a-t-elle affirmé, mais aussi matériellement possible, même si certains réfugiés ne peuvent pas regagner les maisons précises dont leurs familles ont été expulsées.

Le Dr Al-Ajama a en outre souligné que le droit au retour est un droit individuel appartenant à chaque réfugié palestinien. Aucun parti politique, négociateur, traité ou autorité n’a le pouvoir d’y renoncer ou de l’annuler en leur nom.

Il appartient à chaque réfugié de décider s’il souhaite exercer ce droit et où il désire vivre au sein de la Palestine historique.

Conclusion

Le webinaire a conclu que les tentatives visant à couper les Palestiniens de leur terre ont échoué. La diversité des expériences, des accents et des lieux d’exil des réfugiés a engendré de multiples façons de préserver l’identité palestinienne, plutôt que de l’affaiblir.

Les intervenants ont insisté sur le fait que le droit au retour est soutenu par le droit, la mémoire, l’éducation, l’art, le militantisme étudiant, la documentation et l’action populaire. « La génération qui retournera » n’attend donc pas simplement un avenir incertain ; elle met déjà le retour en pratique en entretenant son lien avec la Palestine et en résistant à l’effacement et à l’oubli.

Article original en anglais sur PRC / Traduction MR