Partager la publication "À quel moment l’observation devient-elle un spectacle humiliant ?"
Ramona Wadi, 16 juillet 2026. – La semaine dernière, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies pour le territoire palestinien occupé (OCHA) a organisé une visite virtuelle d’Al-Mawasi, à Khan Younès (Gaza), à l’intention de diplomates de douze pays. Les restrictions imposées par Israël à l’entrée dans la bande de Gaza rendant difficiles les visites en présentiel, cette visite virtuelle a été mise en place pour permettre aux diplomates de constater les conditions de vie des Palestiniens déplacés de force par le génocide perpétré par Israël à Gaza.

« J’ai capturé ce moment en regardant le drapeau palestinien flotter au-dessus d’un lieu détruit par la guerre. La scène était douloureuse, mais en même temps, elle m’a rempli de fierté de savoir que ce drapeau est toujours présent parmi nous. » Tamer Nahed, journaliste à Gaza, survivant, 10 juillet 2026.
« Les personnes déplacées ont expliqué aux diplomates qu’elles avaient besoin de services d’approvisionnement en eau pérennes, en particulier durant les chaudes journées d’été, et ont souligné la nécessité de programmes de travail rémunéré pour nourrir leurs familles. Les participants ont également été conduits à travers des centaines de tentes entassées le long du rivage », indique le rapport de l’OCHA.
Personne n’a observé Gaza autant que l’ONU et les diplomates, si ce n’est les Palestiniens eux-mêmes, qui sont à la fois observateurs et acteurs malgré eux du déplacement forcé imposé par Israël. Si la logique prévalait, l’observation se transformerait en action politique.
Toutefois, la politique de l’aide humanitaire veut que l’observation ne soit suivie que de rapports et de nouvelles observations, d’annonces de financements, sans pour autant apporter une aide concrète aux Palestiniens déplacés de force à Gaza.
La question n’est donc pas de savoir ce que les diplomates ont vu lors de cette visite virtuelle, mais quelles mesures seront prises par la suite. Même si le reste du monde n’a pas accès à ces visites virtuelles guidées par l’OCHA, il est aisé de s’informer sur les conditions de privation dans lesquelles vivent les Palestiniens depuis le début du génocide. Il en va de même pour les privations qu’ils subissaient avant le génocide. Tandis que les diplomates observent et discutent, plusieurs flottilles ont tenté de briser le blocus. La portée symbolique de ces flottilles est bien plus grande que l’annonce d’une visite virtuelle qui, selon toute vraisemblance, n’apportera aucun soulagement humanitaire réel, alors même que les diplomates disposent de davantage de pouvoir.
Les diplomates n’ont pas besoin d’une visite guidée pour constater que les conditions de vie marquées par une extrême promiscuité sont une réalité pour les Palestiniens de Gaza. La destruction de logements et d’infrastructures par Israël, ainsi que son occupation militaire qui s’étend désormais sur près de 70 % du territoire gazaoui, témoignent suffisamment de ce manque d’espace. Les diplomates sont également conscients, depuis des années, de la pénurie d’eau potable à Gaza. Par ailleurs, une économie sinistrée exige la création immédiate d’opportunités d’emploi, afin de permettre aux familles de réduire leur dépendance à l’égard de l’aide étrangère.
Plus la diplomatie laisse Israël coloniser les terres palestiniennes, plus l’aide humanitaire tourne à la farce. De même, se contenter d’observer sans agir ne fait qu’ancrer davantage l’humiliation.
Moindre mal diplomatique en apparence, l’observation sans action renforce en réalité les fondements de la violence coloniale israélienne.
Alors que les diplomates observaient la détresse à distance, les signalements faisant état d’entraves et de perturbations israéliennes dans l’acheminement de l’aide humanitaire vers Gaza se multipliaient. Les promesses de financement sont en proie à des contradictions : reconstruire Gaza pour les Palestiniens va à l’encontre de l’occupation militaire israélienne et des projets de colonisation du territoire. La diplomatie échafaude des plans qui ignorent la réalité coloniale, même après des décennies d’observation et un génocide au cours duquel Israël a révélé son objectif ultime, tant par sa rhétorique que par ses bombardements aériens.
L’observation ne doit pas servir d’exercice d’humiliation politique et humanitaire.
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR