Partager la publication "La FIFA n’est pas une organisation sportive indépendante ; c’est un instrument politique"
Xavier Abu Eid, 11 juillet 2026. Cette Coupe du monde a placé la FIFA et sa direction sous une surveillance accrue. Sa décision d’annuler la suspension d’un joueur de football US, suite à l’intervention du président américain Donald Trump, a suscité l’indignation des supporters du monde entier. Parallèlement, des accusations ont été portées contre des arbitres, soupçonnés de favoriser l’Argentine lors des matchs contre l’Égypte et le Cap-Vert.

En octobre 2021, lors d’une voyage en « Israël », Gianni Infantino a rencontré le Premier ministre Naftali Bennett et les deux hommes ont évoqué la possibilité pour Israël d’accueillir la Coupe du Monde de football en 2030 (source Francs Jeux).
En Palestine, nous constatons et subissons la corruption de la FIFA depuis des années. Bien que ses statuts imposent explicitement à l’organisation de respecter les droits humains, elle a systématiquement manqué à cette obligation lorsqu’il s’agissait du football palestinien.
Elle a rejeté à maintes reprises les demandes de la Fédération palestinienne de football (PFA) de suspendre la Fédération israélienne de football (IFA) ; cette dernière autorise en effet la tenue de matchs de son championnat sur des terres palestiniennes occupées et spoliées, impliquant des équipes basées dans des colonies illégales.
Elle n’a ni condamné les massacres et les mutilations de footballeurs palestiniens ni exigé la libération de joueurs détenus – comme tout récemment Rand Halawani et Natalie Abu Dayyeh, membres de l’équipe féminine de football de Palestine. Elle ne s’est pas élevée contre la destruction de stades palestiniens. Elle n’a rien fait pour contraindre Israël à abandonner les diverses politiques qui entravent et sapent le football palestinien, notamment le refus d’accorder des permis de circulation aux équipes palestiniennes.
La FIFA a non seulement toléré et normalisé le racisme, l’apartheid et l’occupation, mais elle a aussi pris part à des initiatives saluant la participation de footballeurs israéliens à des crimes de guerre à Gaza ou au Liban.
Malgré les décisions répétées de la Cour internationale de justice et diverses résolutions de l’ONU, la FIFA continue d’affirmer que les revendications palestiniennes relèvent d’une « question très complexe au regard du droit international public » et que « le statut juridique final de la Cisjordanie reste indéterminé ». Cela revient purement et simplement à cautionner les arguments israéliens, repris par l’administration Trump pour protéger son allié israélien et légitimer le vol de terres palestiniennes.
Tout comme Israël a instrumentalisé le tourisme, l’archéologie, la religion, l’agriculture et d’autres domaines pour normaliser son annexion illégale, il a également utilisé le football à cette fin, avec le soutien de la FIFA.
La contribution de la FIFA aux crimes israéliens s’est accentuée sous la présidence de Gianni Infantino. Des organisations de défense des droits humains ont, à juste titre, porté les agissements d’Infantino devant la Cour pénale internationale, l’accusant d’avoir agi « en pleine connaissance du fait que ces pratiques constituent des violations des droits humains, de l’apartheid et des crimes de guerre » et d’avoir ignoré de nombreux rapports et courriers à ce sujet.
La direction de la FIFA a non seulement fait preuve de silence et de passivité face aux crimes d’Israël et à l’implication de la Fédération israélienne de football (IFA), mais elle a aussi activement participé à les occulter. Le mois dernier, la FIFA a suggéré que la Palestine affronte Israël lors du match d’ouverture d’un tournoi des moins de 15 ans afin de « promouvoir la paix ». Quelques semaines plus tôt, Infantino avait personnellement tenté de contraindre le président de la Fédération palestinienne de football (PFA) à serrer la main de son homologue israélien.
Il est clair que la FIFA n’est plus une fédération sportive internationale neutre — alors que ses statuts lui imposent d’éviter toute ingérence politique. Elle a été transformée en un instrument politique soutenant la politique étrangère des États-Unis et de leurs alliés.
Infantino lui-même illustre parfaitement cette réalité. En 2018, sans raison apparente, il a assisté à Washington à la signature officielle des Accords d’Abraham, un accord qui visait, dans les faits, à écarter la question palestinienne de l’agenda collectif arabe. En 2021, il a participé à une conférence organisée par le Jerusalem Post, un journal israélien de droite, dans un lieu bâti sur le site profané du cimetière musulman de Mamillah, à Jérusalem.
En février, Infantino a assisté à l’inauguration du controversé Conseil pour la paix (Board of Peace), qui cherche à mettre fin à l’implication de l’ONU dans la question palestinienne et à stopper toute initiative juridique internationale visant à mettre un terme à l’occupation israélienne et au génocide. Il a même annoncé un « partenariat stratégique pour favoriser le redressement et la paix par le biais du football » avec ce conseil.
C’est dans ce contexte qu’il convient d’appréhender les controverses actuelles entourant l’organisation de la Coupe du monde. La FIFA a manifestement perdu son indépendance décisionnelle en tant qu’organisation sportive internationale et a renoncé à sa responsabilité de tenir la politique à l’écart du football.
Interrogé sur les diverses violations commises par les États-Unis — pays hôte — à l’encontre de footballeurs, d’arbitres et de supporters, Infantino a conseillé au public de « se détendre » et de « rester calme ».
Tout cela porte gravement atteinte à la confiance du public envers des organisations internationales telles que la FIFA. C’est également préjudiciable au football international et à sa réputation de sport inclusif, ouvert à tous. Si Infantino ne change pas radicalement de cap, l’héritage qu’il laissera derrière lui sera celui de la destruction.
Quant au football palestinien, il persévérera. Ce sport existe depuis la création de l’équipe de l’école Saint-Georges à Jérusalem en 1904. Depuis lors, le football accompagne chaque moment de la vie palestinienne. Et comme tout ce qui est palestinien, cela a la force de survivre à une occupation, à un génocide et à une FIFA corrompue.
Article original en anglais sur Al Jazeera / Traduction MR