50e anniversaire de la Journée de la Terre : Israël remodèle la réalité foncière des Palestiniens

Adalah, 30 mars 2026.– Aujourd’hui, 30 mars 2026, les Palestiniens commémorent le 50e anniversaire de la Journée de la Terre, en souvenir de la répression violente et meurtrière des manifestations de 1976, consécutive à la confiscation par Israël de milliers de dounams de terres appartenant aux citoyens palestiniens d’Israël [Palestiniens de 48, NdT].

Des habitants bédouins observent les forces d’occupation israéliennes démolir des maisons dans un village « non reconnu » du Naqab, le 17 septembre 2025. Photo : Flash90

Depuis le début de la guerre à Gaza le 7 octobre 2023, Israël a considérablement intensifié ses actions d’effacement des communautés palestiniennes entières, d’extension des colonies juives et de fragmentation du Territoire palestinien occupé (TPO), modifiant profondément la réalité sur le terrain.

À Gaza, l’armée israélienne a remodelé la géographie par des transferts forcés répétés de la quasi-totalité de la population, la destruction massive d’infrastructures civiles et la création et l’expansion de couloirs militaires et de zones tampons.

En Cisjordanie, l’enregistrement foncier, les violences des colons, la destruction de camps de réfugiés palestiniens et les déplacements forcés sont utilisés pour modifier le régime foncier et faciliter l’expansion des colonies.

En Israël, l’État a intensifié les démolitions de maisons, les évacuations et les déplacements forcés, notamment dans le Naqab (Néguev), chassant les Bédouins des terres sur lesquelles ils vivaient depuis plusieurs générations.

Déplacement forcé des Bédouins du Naqab

Depuis des décennies, Israël met en œuvre des politiques d’accaparement et d’expropriation des terres à l’encontre des populations palestiniennes d’Israël. Le gouvernement actuel a accéléré le déplacement forcé à grande échelle des villages bédouins non reconnus du Naqab par le biais d’ordres d’expulsion massifs et de démolitions de maisons.

Adalah représente environ 1.500 habitants de trois villages menacés d’expulsion imminente : Ras Jrabah, Al-Bqeaa et Umm Badoun. En novembre 2025, après des années de lutte devant les commissions d’aménagement du territoire et les tribunaux, la Cour suprême israélienne a approuvé l’expulsion des 500 habitants de Ras Jrabah sous 90 jours, malgré une décision de première instance annulant le « Plan Dimona Est », projet invoqué pour justifier ce déplacement. Cette décision aux conséquences considérables confère aux autorités étatiques le pouvoir d’expulser des habitants même sans justification légitime ni nécessité démontrée. Après qu’Adalah a déposé une demande de seconde audience et une requête en suspension de l’ordre d’expulsion, un collège de trois juges du Tribunal suprême a ordonné, le 29 mars 2026, le gel temporaire de la décision de déplacer les habitants de Ras Jrabah, dans l’attente d’un examen plus approfondi. La Cour a également enjoint l’État de répondre à la requête avant le 6 mai 2026. En janvier 2026, Adalah avait également adressé un courrier à l’Autorité foncière israélienne (AFI) concernant l’absence de logements alternatifs disponibles à Qasr al-Sir – le site désigné pour le relogement des habitants de Ras Jrabah – contredisant ainsi les déclarations faites par l’AFI devant le Tribunal suprême.

Dans une affaire connexe, Adalah, le Conseil régional des villages non reconnus du Naqab et de nombreux autres partenaires ont contesté le plan de « logements temporaires » de l’État, qui établirait de facto des camps de déplacés pour les Bédouins des villages non reconnus du Naqab, sans infrastructures ni services adéquats. Le tribunal de district de Beer-Sheva a rejeté la requête sans examiner les arguments juridiques et a condamné les requérants à payer une amende punitive sans précédent de 100.000 shekels (environ 32.000 dollars américains). En février 2026, Adalah a interjeté appel devant la Cour suprême des tribunaux (SCT) contre la décision du tribunal de district, tant sur le fond que sur le montant exorbitant de l’amende, et a également sollicité une ordonnance provisoire suspendant l’exécution du jugement et le paiement des amendes.

Expropriation en Cisjordanie occupée : Enregistrement foncier et violences des colons

Enregistrement foncier en zone C : En février 2026, le gouvernement israélien a décidé d’accélérer le processus d’enregistrement foncier et de « régularisation des titres de propriété » en zone C, allouant 244 millions de shekels (environ 78 millions de dollars) à cet effet. Cette décision enjoint le commandant militaire israélien de la zone d’enregistrer au moins 15 % des terres non enregistrées de la zone C d’ici 2030. En réaction, Adalah a adressé une lettre urgente aux autorités militaires et étatiques israéliennes, exigeant l’annulation immédiate de cette décision. Adalah soutient que cette mesure vise à promouvoir la colonisation illégale, à consolider l’annexion illégale d’Israël et à affirmer la souveraineté israélienne sur les territoires palestiniens occupés. Adalah affirme que cette décision aggrave les violations les plus graves du droit international, notamment les crimes de guerre (colonies), les crimes contre l’humanité (apartheid) et le crime d’agression (annexion de facto et de jure). Cette décision viole les droits de propriété d’innombrables Palestiniens ainsi que les droits du peuple palestinien à l’autodétermination et à la souveraineté. Elle contredit également directement les avis consultatifs de la CIJ et de nombreuses résolutions de l’ONU.

Tentatives de déplacement forcé d’un village de jeunes Palestiniens par la violence des colons : L’expansion des colonies en Cisjordanie entraîne des déplacements forcés à grande échelle de Palestiniens, dans un contexte de violence croissante des colons, souvent perpétrée avec le soutien ou la coordination des autorités israéliennes. Le village de jeunes de Kafr Ni‘ma, géré par le Forum des jeunes de Sharek depuis 2010, subit depuis des années des attaques de colons, qui se sont intensifiées depuis octobre 2023. La majeure partie du site se situe en zone B, le reste en zone C.

Actes de vandalisme commis par des colons contre le village de jeunes de Kafr Ni’ma, en Cisjordanie occupée, février 2026. Crédit : page Facebook du Forum des jeunes de Sharek

Le 4 mars 2026, Adalah a adressé une lettre à l’armée israélienne et au procureur général au nom du Forum des jeunes de Sharek, demandant une intervention immédiate pour mettre fin au harcèlement, aux attaques et aux actions illégales visant le village et ses biens, perpétrées avec l’aide de l’armée israélienne. Adalah a fait valoir que ces événements s’inscrivent dans un schéma plus large et systématique qui compromet la capacité du village à fonctionner comme un espace éducatif et communautaire, restreint la vie civique et perturbe la vie quotidienne dans la région – et met même en péril la survie du village – en violation du droit international. Ces actions créent des conditions susceptibles de contraindre l’organisation à cesser ses activités et à déplacer ses membres, ce qui pourrait constituer un transfert illégal au sens de la Quatrième Convention de Genève.

Article original en anglais sur Adalah / Traduction MR