Partager la publication "Les armes surprises du Hezbollah redéfinissent la guerre terrestre contre Israël"
Robert Inlakesh, 28 mars 2026. Un véritable massacre de chars israéliens, rappelant la guerre du Liban de 2006, se déroule actuellement dans le sud du Liban. Le Hezbollah surprend l’armée israélienne en utilisant un arsenal d’armes antichars et de drones.

« Massacre de Merkava » – capture d’écran, VIDEO.
Le 25 mars, le Hezbollah a lancé une offensive dévastatrice contre les chars Merkava israéliens, annonçant en avoir détruit 21, ainsi que 3 bulldozers D-9 et 2 Humvees militaires. Le lendemain, le groupe libanais a diffusé une série de vidéos illustrant certaines de ses opérations.
Pour mener à bien ces frappes contre les blindés israéliens, le Hezbollah a traditionnellement utilisé divers missiles antichars guidés (ATGM). L’armement utilisé a notamment consisté en divers systèmes antichars Kornet de fabrication russe, ainsi qu’en le système Almas (diamant), une version iranienne rétro-ingénierée du missile israélien Spike AGTM, un missile d’attaque par le haut particulièrement efficace.
Lors de la guerre israélo-libanaise de 2024, le Hezbollah a annoncé avoir détruit 59 chars israéliens entre fin septembre et le 27 novembre. Cette fois-ci, le Hezbollah revendique déjà en avoir touché environ 70. On ignore combien de ces impacts ont endommagé ou détruit les chars, mais il s’agit néanmoins d’un développement important.
Entre octobre 2023 et octobre 2024, les Brigades Qassam, branche armée du Hamas, ont affirmé avoir mené 480 opérations ciblant des chars israéliens. Un article ultérieur du média israélien Maariv, citant des données, indiquait qu’au moins 500 véhicules militaires de différents types avaient été endommagés à Gaza. On ignore le nombre de chars totalement détruits, en raison de la censure militaire israélienne.
Cependant, même un char endommagé représente un problème majeur, car les réparations sont longues et souvent coûteuses. Les chiffres concernant Gaza sont importants car les groupes de résistance palestiniens utilisaient initialement des armes comme le lance-roquettes multiple Yassin-105 à ogive tandem, avant d’être contraints d’utiliser des lance-roquettes moins sophistiqués. Le Hezbollah, en comparaison, dispose d’un arsenal d’armes antichars beaucoup plus sophistiqué.
Un tournant décisif ?
Pendant cette guerre, dans laquelle le Hezbollah est entré le 2 mars, invoquant 15.400 violations du cessez-le-feu par Israël et son refus de se retirer des territoires occupés, une nouvelle arme semble influencer la confrontation terrestre du groupe avec l’armée israélienne. Il s’agit du drone FPV (pilotage en immersion), équipé de charges explosives importantes.
La vidéo publiée le 26 mars par les médias militaires du groupe libanais montrait l’un de ces drones FPV frappant directement un point faible d’un char Merkava israélien. Depuis le 25 mars, date à laquelle ces armes ont commencé à être utilisées contre les véhicules militaires israéliens, elles sont déployées de manière systématique pour cibler les chars.
Les drones FPV utilisent la fibre optique et sont notamment insensibles au brouillage électromagnétique, ce qui les rend extrêmement difficiles à abattre. Ils ont été largement utilisés lors du conflit russo-ukrainien. Bien qu’aucune statistique ne vienne étayer cette affirmation, le Wall Street Journal a récemment rapporté que les drones FPV seraient responsables de la plupart des pertes sur les champs de bataille en Ukraine. Quel que soit le nombre exact de victimes infligées par ce drone lors de la guerre russo-ukrainienne, il est largement admis qu’il a bouleversé la donne, devenant l’arme de prédilection contre différents types de chars et de véhicules blindés.
Au-delà de son utilisation pour cibler les points faibles des véhicules militaires, le drone FPV présente un autre avantage : les enregistrements peuvent être récupérés comme preuve des cibles touchées. À Bagdad, il y a un peu plus d’une semaine, la Résistance islamique irakienne a utilisé deux drones FPV pour cibler une base militaire américaine, l’un filmant l’autre atteignant sa cible.
Dans le cadre d’une guerre contre Israël, dont l’armée est peut-être la plus connue au monde pour dissimuler les pertes de ses soldats, cette capacité pourrait s’avérer précieuse pour le Hezbollah, qui pourrait potentiellement utiliser ces images pour discréditer l’armée israélienne.
Si Israël poursuit son invasion terrestre du Liban, lançant une offensive de grande envergure, il pourrait à un moment donné se retrouver à court de chars, ou du moins être contraint de rationner leur utilisation.
Article original en anglais sur The Palestine Chronicle / Traduction MR