Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 626 / 11.01 – Rôle des centres éducatifs et de l’École « Première Pas »

Brigitte Challande, 12 janvier 2026. Compte rendu hebdomadaire du soutien à l’éducation et à l’accompagnement psychologique des enfants, 11 janvier.

« Dans le contexte de la guerre dévastatrice qu’a connue la bande de Gaza, qui a laissé de profondes répercussions sur tous les aspects de la vie, le secteur de l’éducation a été l’un des plus durement touchés : les écoles ont été fermées, les élèves dispersés et les crises psychologiques chez les enfants se sont aggravées. Ce compte rendu montre les efforts déployés par les centres éducatifs et l’École « Première Pas » pour soutenir le processus éducatif et offrir un environnement sûr combinant enseignement académique et soutien psychologique, afin d’aider les enfants à surmonter les effets de la guerre et à bâtir un avenir meilleur.

Malgré l’annonce du cessez-le-feu, ces centres poursuivent encore aujourd’hui leurs activités, en raison de la poursuite de la paralysie de l’enseignement officiel et de la transformation de nombreuses écoles en centres d’hébergement pour les personnes déplacées, ce qui rend leur maintien indispensable pour combler le vide éducatif.

Le Centre éducatif Al-Fajr, situé dans la région d’Al-Mawasi à Khan Younès, accueille encore un grand nombre d’enfants qui y trouvent un espace sûr pour apprendre et s’exprimer. Il sert les enfants d’agriculteurs qui ont été déplacés et ont perdu leurs terres, leurs maisons et leurs moyens de subsistance, mais qui refusent de renoncer à l’avenir éducatif de leurs enfants, faisant de ce centre une lueur d’espoir dans une réalité extrêmement difficile.

Il est impossible d’évoquer l’éducation dans de telles circonstances sans mentionner l’École « Première Pas » située à l’ouest du camp de Nuseirat, au centre de la bande de Gaza, laquelle est devenue, grâce aux efforts des donateurs et à leurs contributions, un véritable phare du savoir. Cette école n’est pas un simple centre éducatif, mais une institution éducative complète comprenant 16 salles de classe fonctionnant en deux périodes, matin et après-midi, et accueillant plus de 600 élèves de différents niveaux, de la maternelle jusqu’au secondaire. Elle compte également plus de 20 enseignantes travaillant avec dévouement dans des conditions difficiles, ainsi que trois psychologues constituant un pilier essentiel du soutien apporté aux élèves.

Outre l’enseignement académique, l’École « Première Pas » accorde une grande importance au soutien psychologique, consciente de l’ampleur des traumatismes subis par les enfants durant la guerre. Des séances de soutien psychologique individuelles et collectives sont organisées, permettant aux élèves d’exprimer librement leurs sentiments et leurs expériences douloureuses.

L’administration de l’école veille également à maintenir une communication constante avec les parents, par des contacts directs et des explications sur la situation éducative et psychologique de leurs enfants, qu’il s’agisse de difficultés d’apprentissage ou de problèmes psychologiques tels que l’isolement, la violence ou la dispersion de l’attention. Les parents sont régulièrement convoqués pour consulter les psychologues et élaborer ensemble des plans de suivi aidant les enfants à se rétablir et à poursuivre leur parcours scolaire.

Le rôle de l’école ne se limite pas à l’enseignement et au soutien psychologique ; ses activités s’étendent également à des programmes récréatifs et artistiques, convaincue du rôle de l’art dans la libération émotionnelle.

La semaine dernière, quinze enfants âgés de 8 à 10 ans, élèves de l’École « Première Pas », ont participé à une activité artistique intitulée Ma voix en couleurs, visant à libérer les émotions intérieures résultant des pressions psychologiques et des effets de la guerre. L’artiste plasticienne responsable de l’activité a indiqué que les œuvres reflétaient un mélange de colère et de joie et mettaient l’accent sur le renforcement du sens de la beauté, de la patience et de la confiance en soi chez les enfants, à travers une approche créative.

Le rôle joué par les centres éducatifs et l’École « Première Pas » est vital dans la protection du droit des enfants à l’éducation, dans un contexte humanitaire et éducatif extrêmement complexe. Ces initiatives ont démontré que l’éducation ne se limite pas à la transmission du savoir, mais constitue un pilier fondamental du soutien psychologique et social, contribuant à réparer les profondes blessures laissées par la guerre dans l’âme des enfants. La poursuite de ces efforts reflète une foi inébranlable dans l’importance d’investir dans l’être humain et confirme que la création d’un environnement éducatif sûr et inclusif est la première étape vers la formation d’une génération capable de surmonter la douleur, de s’accrocher à l’espoir et de construire un avenir meilleur malgré tous les défis. »

Photos et vidéos ICI.


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

 Partie 615 : 1er janvier 2026. Partie 616 : 2 janvier. Partie 617 : 4 janvier. Partie 618 : 5 janvier. Partie 619 : 6 janvier. Partie 620 : 6 janvier (1). Partie 621 : 7 janvier. Partie 622 : 8 janvier. Partie 623 : 9 janvier. Partie 624 : 9 janvier (1). Partie 625 : 10 janvier.

* Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268)
* Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
* Témoignages du 10 mai au 5 octobre 2025 (partie 393 à 540)
* Témoignages du 6 octobre au 31 décembre 2025 (partie 541 à 614)
Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com
Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing