Partager la publication "« C’est un éternel déplacement » : l’attaque israélienne sur Gaza force des milliers de personnes à fuir sans espoir de retour"
Abdel Qader Sabbah, 28 août 2025.- Les chars israéliens, appuyés par des avions de combat et des quadricoptères, progressent toujours plus profondément dans la ville de Gaza ; ils détruisent des quartiers entiers et laissent les habitants sans abri. Cette escalade des attaques intervient dans un contexte de famine grandissante, où des Palestiniens meurent de faim chaque jour. Les frappes aériennes continuent de pilonner les civils dans le centre et le sud de Gaza. Ce fut une des périodes les plus meurtrières pour les journalistes depuis le début de l’offensive israélienne, avec au moins 11 journalistes tués lors de deux bombardements à seulement deux semaines d’intervalle.

Des Palestiniens sont déplacés de force dans la ville de Gaza alors que l’offensive israélienne sur la ville se poursuit. 26 août 2025 (Capture d’écran d’une vidéo d’Abdel Qader Sabbah).
Les Palestiniens décrivent l’offensive de l’armée israélienne pour s’emparer de Gaza – la plus grande ville de la bande, où jusqu’à un million de personnes cherchent actuellement refuge – comme la fin de l’opération. Mardi, des milliers d’habitants du quartier d’al-Saftawi, juste au nord de Sheikh Radwan, à Gaza-ville, ont été contraints de fuir sous l’assaut terrestre israélien, les chars et l’aviation rasant des pâtés de maisons entiers.
« Depuis environ une semaine, bombardements, pilonnages et destructions sont incessants », déclare Ramy, un habitant déplacé d’al-Saftawi, à Drop Site. « Aujourd’hui, nous avons été choqués lorsque l’armée a attaqué et bombardé notre quartier. Nous étions terrifiés, vraiment terrifiés. Un quadricoptère est arrivé et nous a annoncé : “Vous avez six heures pour évacuer.” »

Ramy, un Palestinien déplacé de force du quartier d’Al-Saftawi à Gaza. 26 août 2025 (Capture d’écran d’une vidéo d’Abdel Qader Sabbah).
Pendant qu’il parle, les gens se précipitent pour empiler de minces matelas et leurs maigres effets personnels sur les rares voitures, pousse-pousse motorisés et charrettes tirées par des ânes présents dans le quartier. La plupart partent à pied, ne portant rien d’autre que des sacs en plastique. Plus de 90 % de la population de Gaza a été déplacée depuis le début de la guerre, la plupart à plusieurs reprises. « Nous partons, mais nous ne savons pas où aller. Nous voulons partir, mais pour où ? Il n’y a aucun endroit sûr à Gaza. Même aller vers le sud est difficile, et les conditions sont éprouvantes. Aller du nord au sud, c’est sans argent, sans transport. C’est extrêmement difficile, désastreux. Il n’y a ni soins de santé, ni nourriture, ni aide, ni tentes, rien du tout », déclare Ramy. « C’est un déplacement perpétuel. Pas seulement forcé, éternel. Ce que nous constatons, c’est que c’est éternel. Nos enfants tombent malades, nos femmes tombent malades, des gens meurent de faim, et au final, nous sommes déplacés. »

Scènes de Palestiniens déplacés de force dans le quartier d’Al-Saftawi et le long de la route côtière de la ville de Gaza. 26 août 2025 (Vidéo d’Abdel Qader Sabbah).
L’évacuation des Palestiniens d’al-Saftawi intervient alors qu’Israël concentre ses bombardements intensifs sur trois quartiers de l’est de la ville de Gaza : Shejaiya, Zeitoun et Sabra. Entre le 14 août, date à laquelle Israël a annoncé son offensive sur Gaza-ville, et le 25 août, plus de 36.200 Palestiniens ont été déplacés, dont plus de 11.600 du nord au sud, ont annoncé mardi les Nations Unies. La majorité de ces personnes venaient des quartiers de Gaza-ville, plus des deux tiers allaient vers Deir al-Balah, dans le centre de Gaza, et près d’un tiers vers Khan Younis.
« La situation que nous vivons est tragique, extrêmement tragique. Personne n’est épargné : aucune personne âgée, aucun enfant, aucune femme. Aucun être humain n’est épargné », déclare un homme déplacé de Jabalia Al-Nazla à Drop Site. « Ce qui se passe actuellement, ce sont des déplacements forcés, non volontaires.»
Les responsables religieux de Gaza-ville ont annoncé mercredi qu’ils ne quitteraient pas la ville. « Tenter de fuir vers le sud serait une condamnation à mort », ont-ils affirmé. Dans une déclaration commune, les Patriarcats grec orthodoxe et latin de Jérusalem ont indiqué qu’ils « ont décidé de rester et de continuer à prendre soin de tous ceux qui se trouveront dans les camps ».

Les prêtres et religieuses catholiques et orthodoxes de Gaza ont déclaré : « Nous avons décidé de rester à Gaza », rejetant les appels à l’évacuation alors qu’Israël renforce son siège sur la ville. Les Patriarcats orthodoxes latin et grec de Jérusalem ont averti que partir serait une « condamnation à mort » pour de nombreux réfugiés affaiblis et mal nourris hébergés dans les enceintes de l’église de la Sainte-Famille et de l’église Saint-Porphyre. (source AFpost)
Israël n’a fait que renforcer son plan de prise de Gaza. Un porte-parole militaire israélien a insisté mercredi sur le fait que « l’évacuation de Gaza est inévitable » et a publié une nouvelle carte montrant les zones du centre et du sud de Gaza qui, selon lui, sont vides et où les Palestiniens pourraient se réfugier « avant la prochaine phase de la guerre ».
« Cela fait maintenant dix jours, et chaque jour, les Israéliens continuent de faire pression. Les villes de Jabalia et de Jabalia Al-Nazla ont été complètement détruites », déclare Mohammed Abu Al-Saeed à Drop Site. « Il ne reste plus aucune maison, plus aucune pierre, plus aucune rue, rien. Il y a quelques instants, nous avons été choqués lorsque le char et le bulldozer ont atteint le rond-point de Saftawi et ont commencé à tout détruire. Face à cette scène, les gens terrifiés ont fui. »

Voir les photos du journaliste Sameh Ahmed @PalPress24
Il ajoute : « Même si nous voulions évacuer, nous ne saurions pas où aller. Il n’y a absolument aucun endroit sûr dans la bande de Gaza… Des jeunes meurent dans les rues. Des femmes meurent dans les rues. Nous sommes devenus un peuple déplacé. » De nombreuses familles ne peuvent et ne pourront tout simplement pas se déplacer vers le sud. Avec les pénuries massives de carburant, le coût d’un trajet en voiture du nord au sud peut dépasser 2.000 shekels (environ 500 euros) et beaucoup sont incapables d’effectuer le voyage pénible vers les zones du centre et du sud de Gaza, de toutes façons régulièrement attaquées par Israël. Alors que l’offensive israélienne repousse les Palestiniens de Gaza-ville vers l’ouest, vers la mer, le littoral de la ville s’est transformé en un campement de tentes massif.
« Nous ne pouvons tout simplement pas aller dans le sud, et la raison est évidente : le manque d’argent. Nous n’avons pas le nécessaire pour nous déplacer vers le sud. Nous n’avons ni jeeps ni voitures pour nous transporter, ni pour transporter nos affaires. De plus, il n’y a pas assez de nourriture », déclare Hamed Hleiwa, un Palestinien de Gaza-ville de Gaza, à Drop Site, près de la tente où il vit avec ses enfants. « Le plus gros problème, c’est que dans le sud, là où Israël nous dit d’aller – plus précisément Al-Mawasi à Khan Younis –, il n’y a pas de place. Il n’y a pas de place disponible. C’est déjà surpeuplé. C’est bondé de gens de Rafah, de gens de Khan Younis, et de gens du nord qui ne sont pas encore revenus dans le nord de Gaza. »

Hamed Hleiwa, un Palestinien de Gaza, a été déplacé vers une tente sur la côte de la ville. 26 août 2025 (Captures d’écran d’une vidéo d’Abdel Qader Sabbah).
« Le déplacement nécessite l’essentiel : nourriture, argent et transport. Alors, même si je dois mourir ici, je ne partirai pas », déclare Hleiwa en référence à Gaza-ville. « Je voudrais partir, mais je ne peux pas. »
Article original en anglais sur Drop Site News / Traduction MR