Chris Hedges, 15 mars 2026. La guerre contre l’Iran et l’anéantissement de Gaza marquent le commencement. Bienvenue dans le nouvel ordre mondial. L’ère de la barbarie technologiquement avancée. Il n’y a pas de règles pour les forts, seulement pour les faibles. Osez vous opposer aux forts, refusez de vous soumettre à leurs caprices et vous serez bombardés de missiles et de bombes.

Marseille, 14 mars 2026. Marche des Solidarités, contre le racisme, les violences policières et l’extrême-droite. (source PHOTOS)
Hôpitaux, écoles primaires, universités et immeubles d’habitation sont réduits en ruines. Médecins, étudiants, journalistes, poètes, écrivains, scientifiques, artistes et dirigeants politiques – y compris les chefs des équipes de négociation – sont assassinés par dizaines de milliers par des missiles et des drones tueurs.
Les ressources, comme le savent les Vénézuéliens, sont ouvertement volées. La nourriture, l’eau et les médicaments, comme en Palestine, sont utilisés comme armes.
Qu’ils crèvent.
Les instances internationales telles que les Nations Unies ne sont plus qu’une mascarade, des vestiges inutiles d’une autre époque. Le respect des droits individuels, l’ouverture des frontières et le droit international ont disparu. Les dirigeants les plus dépravés de l’histoire de l’humanité, ceux qui ont réduit des villes en cendres, conduit des populations captives vers des lieux d’exécution et jonché les terres qu’ils occupaient de charniers et de cadavres, sont de retour, plus vengeurs que jamais.
Ils rabâchent les mêmes clichés hypermasculinistes. Ils profèrent les mêmes inepties racistes. Ils propagent la même vision manichéenne du bien et du mal, du noir et du blanc. Ils débitent le même langage infantile de domination totale et de violence débridée.

Paris, 14 mars 2026. Marche des Solidarités, contre le racisme, les violences policières et l’extrême-droite. VIDEO (compte X de Révolution Permanente). Voir aussi les photos de la manifestation sur EuroPalestine.
Des clowns meurtriers. Des bouffons. Des imbéciles. Ils se sont emparés des leviers du pouvoir pour mettre en œuvre leurs visions démentes et grotesques, pillant l’État pour leur propre enrichissement. « Après avoir été témoins de massacres sauvages pendant plusieurs mois, sachant qu’ils ont été conçus, exécutés et approuvés par des gens qui leur ressemblent beaucoup et qui les ont présentés comme une nécessité collective, légitimes, voire humaines, des millions de personnes se sentent désormais moins à leur place dans le monde », écrit Pankaj Mishra dans « The World after Gaza » (Le Monde après Gaza). « Le choc de cette nouvelle confrontation avec un mal singulièrement moderne – un mal perpétré à l’ère prémoderne uniquement par des individus psychopathes et déchaîné au siècle dernier par des dirigeants et des citoyens de sociétés riches et prétendument civilisées – est incommensurable. Tout comme l’abîme moral auquel nous sommes confrontés. »
Les personnes asservies sont considérées comme des biens, des marchandises à exploiter pour le profit ou le plaisir. Les dossiers Epstein révèlent la perversité et la cruauté de la classe dirigeante. Libéraux. Conservateurs. Recteurs d’université. Universitaires. Philanthropes. Magnats de Wall Street. Célébrités. Démocrates. Républicains.
Ils se complaisent dans un hédonisme débridé. Ils fréquentent des écoles privées et bénéficient d’un système de santé privé. Ils vivent dans des bulles égocentriques, entourés de flagorneurs, d’attachés de presse, de conseillers financiers, d’avocats, de domestiques, de chauffeurs, de gourous du développement personnel, de chirurgiens esthétiques et de coachs sportifs. Ils résident dans des propriétés ultra-sécurisées et passent leurs vacances sur des îles privées. Ils voyagent en jets privés et en yachts gigantesques. Ils vivent dans une autre réalité, ce que le journaliste du Wall Street Journal, Robert Frank, surnomme le monde du « Richistan », un Xanadus privé où ils organisent des bacchanales dignes de Néron, concluent des accords perfides, amassent des milliards et se débarrassent de ceux qu’ils exploitent, y compris des enfants, comme s’il s’agissait de déchets. Personne dans ce cercle magique n’est tenu responsable. Aucun péché n’est trop abominable. Ce sont des parasites humains. Ils pillent l’État pour leur profit personnel. Ils terrorisent les « races inférieures de la terre ».

Bordeaux, 14 mars 2026. Manifestation contre le racisme et l’islamophobie. Photos compte Comité Action Palestine.
Ils étouffent les derniers vestiges anémiques de notre société ouverte. « Il n’y aura plus de curiosité, plus de plaisir à vivre », écrit George Orwell dans « 1984 ». « Tous les plaisirs concurrents seront anéantis. Mais toujours – n’oublie jamais cela, Winston – toujours il y aura l’ivresse du pouvoir, sans cesse croissante et toujours plus subtile. Toujours, à chaque instant, il y aura le frisson de la victoire, la sensation d’écraser un ennemi sans défense. Si tu veux une image de l’avenir, imagine une botte qui écrase un visage humain – pour toujours. »
La loi, malgré quelques efforts courageux d’une poignée de juges — qui subiront bientôt des purges —, est un instrument de répression. Le système judiciaire n’existe que pour mettre en scène des procès spectacles. J’ai passé beaucoup de temps dans les tribunaux londoniens à couvrir cette farce digne de Dickens lors de la persécution de Julian Assange. Une Loubianka-sur-Tamise. Nos tribunaux ne valent pas mieux. Notre ministère de la Justice est une machine à vengeance.
Des hommes de main masqués et armés envahissent les rues des États-Unis et assassinent des civils, y compris des citoyens. Les mandarins au pouvoir dépensent des milliards pour transformer des entrepôts en centres de détention et en camps de concentration. Ils insistent sur le fait qu’ils n’y enfermeront que les sans-papiers, les criminels, mais notre classe dirigeante mondiale ment comme elle respire. À leurs yeux, nous sommes de la vermine, soit aveuglément et sans réserve obéissance, soit des criminels. Il n’y a pas de juste milieu.
Ces camps de concentration, où il n’y a pas de procédure régulière et où des personnes disparaissent, sont conçus pour nous. Et par nous, j’entends les citoyens de cette république morte. Et pourtant, nous restons là, abasourdis, incrédules, attendant passivement notre propre asservissement.
Ce ne sera plus long.
La sauvagerie en Iran, au Liban et à Gaza est la même que celle à laquelle nous sommes confrontés chez nous. Ceux qui commettent le génocide, les massacres et la guerre non provoquée contre l’Iran sont les mêmes qui démantèlent nos institutions démocratiques.
L’anthropologue social Arjun Appadurai qualifie ce qui se passe de « vaste correction malthusienne mondiale » visant à « préparer le monde aux vainqueurs de la mondialisation, en faisant taire les voix discordantes des perdants ».
Oh, disent les critiques, ne soyez pas si pessimistes. Ne soyez pas si négatifs. Où est l’espoir ? Vraiment, ce n’est pas si grave.
Si vous croyez cela, vous faites partie du problème, un rouage involontaire de la machine de notre État fasciste qui se consolide à toute vitesse. La réalité finira par faire imploser ces illusions d’espoir, mais il sera alors trop tard.
Le véritable désespoir ne résulte pas d’une lecture juste de la réalité. Le véritable désespoir naît de la soumission, par le fantasme ou l’apathie, à un pouvoir malin. Le véritable désespoir est impuissance. Et la résistance, une résistance significative, même si elle est presque certainement vouée à l’échec, est source de force. Elle confère estime de soi. Elle confère dignité. Elle confère pouvoir d’agir. C’est la seule action qui nous permette d’employer le mot espoir.
Les Iraniens, les Libanais et les Palestiniens savent qu’il est impossible d’apaiser ces monstres. Les élites mondiales ne croient en rien. Elles ne ressentent rien. On ne peut leur faire confiance. Elles présentent les traits caractéristiques de tous les psychopathes : charme superficiel, mégalomanie et suffisance, besoin constant de stimulation, penchant pour le mensonge, la tromperie, la manipulation et incapacité à éprouver remords ou culpabilité. Elles méprisent comme des faiblesses les vertus d’empathie, d’honnêteté, de compassion et d’abnégation. Ils vivent selon le credo du « Moi. Moi. Moi. »
« Le fait que des millions de personnes partagent les mêmes vices ne transforme pas ces vices en vertus, le fait qu’elles partagent tant d’erreurs ne transforme pas ces erreurs en vérités, et le fait que des millions de personnes partagent les mêmes formes de pathologie mentale ne les rend pas saines d’esprit », écrit Eric Fromm dans « The Sane Society. » (La Société saine).
Nous sommes témoins du mal depuis près de trois ans à Gaza. Nous le voyons maintenant au Liban et en Iran. Nous constatons que les dirigeants politiques et les médias excusent ou masquent ce mal. Le New York Times, dans un style digne d’Orwell, a envoyé une note interne enjoignant aux journalistes et rédacteurs d’éviter les termes « camps de réfugiés », « territoire occupé », « nettoyage ethnique » et, bien sûr, « génocide » lorsqu’ils écrivent sur Gaza. Ceux qui nomment et dénoncent ce mal sont diffamés, mis sur liste noire et exclus des campus universitaires et de la sphère publique. Ils sont arrêtés et expulsés. Un silence assourdissant s’abat sur nous, le silence de tous les États autoritaires. Manquez à votre devoir, refusez de soutenir la guerre contre l’Iran, et vous verrez votre licence de diffusion révoquée, comme l’a proposé le président de la FCC, Brendan Carr.
Nous avons des ennemis. Ils ne sont pas en Palestine. Ils ne sont pas au Liban. Ils ne sont pas en Iran. Ils sont ici. Parmi nous. Ils dictent nos vies. Ils trahissent nos idéaux. Ils trahissent notre pays. Ils rêvent d’un monde d’esclaves et de maîtres. Gaza n’est que le début. Il n’existe aucun mécanisme interne de réforme. Nous pouvons faire obstruction ou capituler.
Ce sont les seules options qui nous restent.
Article original en anglais sur The Chris Hedges Report / Traduction MR