Témoignages de Gazaouis : La survie qui s’organise au jour le jour dans l’enfer de Gaza – partie 627 / 13.01 – Gaza encore au cœur d’une tempête météorologique

Brigitte Challande, 13 janvier 2026.- Le 13.01, Abu Amir écrit : la pluie devient une nouvelle épreuve de survie.

« Depuis hier soir, je suis avec une profonde tristesse de ce que vivent nos proches dans la bande de Gaza sous l’impact d’une violente dépression météorologique, qui n’ajoute que davantage de douleur à une douleur déjà immense. Les habitations ne sont pas des refuges sûrs, mais de nouveaux pièges de perte et de mort.

Dans la bande de Gaza, où les blessures de la guerre ne sont pas encore refermées, cette dépression est venue ajouter un nouveau chapitre de souffrance à une population déjà épuisée par les bombardements, les déplacements forcés et les deuils. Les pluies torrentielles et les vents violents ne frappent pas une ville normale dotée de maisons solides et d’infrastructures capables de résister, mais une ville détruite, aux murs fissurés, aux toits prêts à s’effondrer, et aux quartiers surpeuplés de familles déplacées qui n’ont trouvé refuge que dans des bâtiments endommagés ou sous des tentes fragiles. Les équipes de la défense civile ont enregistré depuis hier soir quatre décès dus à des effondrements partiels de bâtiments menaçant ruine, un tableau qui illustre l’ampleur du danger auquel les civils sont exposés à chaque instant : la mort n’est plus seulement liée aux bombardements, elle est devenue aussi une conséquence directe du froid, de la tempête et des destructions accumulées.

La dépression qui frappe la bande de Gaza s’intensifie dangereusement, et avec elle s’intensifie la souffrance de la population depuis hier soir, lorsque les vents ont commencé à se renforcer, atteignant leur paroxysme dans la matinée d’aujourd’hui. Des centaines de tentes abritant des déplacés ont été arrachées dans différentes régions de la bande de Gaza, en particulier dans les zones côtières et les plaines ouvertes, laissant soudainement des milliers de familles sans aucun abri contre la pluie et le froid. Les déplacés vivant dans ces tentes endurent une réalité d’une extrême dureté : le tissu fin ne bloque ni le vent ni l’eau, les sols se transforment en boue, les couvertures et les vêtements sont trempés, tandis que les pères tentent de maintenir les piquets à mains nues et que les mères essaient de protéger leurs enfants du froid glacial avec leurs propres corps.

Dans le même temps, de fortes pluies tombent sur la plupart des régions, accompagnées d’orages, tandis que des vents forts de secteur sud-ouest à ouest soufflent, atteignant par moments près de 80 km/h. Cela accroît encore le risque d’effondrement des bâtiments déjà fragilisés par les bombardements et rend la mer extrêmement agitée, dans une scène qui reflète l’ampleur de la catastrophe que vit Gaza en ces heures critiques, d’autant plus que le littoral accueille des milliers de tentes, dont beaucoup ont été inondées par les vagues violentes et la plupart arrachées par la force du vent. Hier soir, le froid s’est intensifié, les nuages se sont épaissis et les averses se sont poursuivies. Les gens ont passé de longues heures dans une peur constante de voir un toit s’effondrer au-dessus de leurs têtes ou les vents emporter ce qui reste de leurs tentes. Le porte-parole de la Défense civile à Gaza a averti que la situation est devenue extrêmement dangereuse, affirmant que les bâtiments endommagés ne sont plus des refuges sûrs et que n’importe quel mur ou plafond peut s’effondrer à tout moment, alors que la pluie et le vent continuent sans répit, transformant chaque heure qui passe en une nouvelle menace pour la vie des civils.

13 janvier 2026. Le petit Mohammad Basyouni est le 8ème enfant mort d’hypothermie aujourd’hui.

La tragédie ne se résume pas aux chiffres des victimes ; elle se manifeste surtout dans la réalité de plus d’un million et demi de personnes qui vivent aujourd’hui sous des tentes sans véritable protection, après que la guerre a détruit leurs maisons et les a forcées à se déplacer. Ces personnes affrontent le froid hivernal sans chauffage, la pluie sans toits, le vent sans murs, une image de l’effondrement de toutes les conditions minimales d’une vie sûre. Dans la zone à l’ouest de la ville de Gaza, quatre personnes ont trouvé la mort et plusieurs autres ont été blessées après l’effondrement du mur d’un bâtiment qui abritait des déplacés, un incident qui résume la tragédie de ceux qui ont été contraints de vivre dans des immeubles endommagés par les bombardements et transformés par la tempête en véritables pièges mortels. La Défense civile et l’hôpital Al-Shifa ont également annoncé d’autres blessés dus à des effondrements partiels de bâtiments endommagés par la guerre dans l’ouest de la ville, tandis que les équipes de secours continuent de travailler dans des conditions extrêmement difficiles. Dans le camp de Nuseirat, au centre de la bande de Gaza, des milliers de familles déplacées se sont réfugiées dans des mosquées et des bâtiments partiellement détruits après que le vent a arraché leurs tentes, une scène qui montre à quel point la réalité du déplacement est fragile : les gens ne disposent même plus d’un espace sûr pour se protéger de la brutalité de la nature.

Parallèlement à la catastrophe météorologique, la crise sanitaire s’aggrave : le directeur de l’Organisation mondiale de la santé a annoncé que plus de 18 500 personnes à Gaza, dont environ 4.000 enfants, ont toujours besoin d’une évacuation médicale urgente. Les hôpitaux souffrent d’une pénurie aiguë de médicaments, de fournitures et de personnel, tandis que des milliers de patients attendent leur tour dans des conditions où la douleur physique se mêle à l’angoisse et au désespoir. Les restrictions sévères imposées par l’occupation à l’entrée de nourriture, de médicaments et de matériel d’abri à Gaza limitent fortement l’impact de la trêve sur la vie des habitants. Près d’un million de Palestiniens continuent de vivre dans des conditions tragiques, sans ressources suffisantes pour affronter l’hiver rigoureux ni moyens pour se protéger de la tempête. À Gaza aujourd’hui, la pluie ne signifie pas la vie, mais un nouveau danger, et le vent n’est pas une brise, mais une menace. Entre une tente arrachée, un mur effondré et un enfant grelottant de froid, se dessine l’image de l’injustice subie par ce peuple : l’injustice de la guerre, du blocus et d’un monde qui observe la catastrophe sans faire assez pour y mettre fin.

La nécessité d’une action humanitaire urgente devient de plus en plus pressante pour sauver une population confrontée à un danger réel pour sa vie. Des centaines de milliers de familles vivant dans des tentes délabrées, dans des bâtiments menacés d’effondrement, sans chauffage ni protection contre la pluie et le vent, ont un besoin vital d’un renforcement immédiat des efforts internationaux et humanitaires. La poursuite de cette situation annonce davantage de victimes qui ne peuvent être ni justifiées ni ignorées, plaçant la communauté internationale et les organisations humanitaires devant une responsabilité morale et humaine urgente : fournir des abris sûrs, des moyens de chauffage et une aide médicale et alimentaire afin de préserver au minimum la dignité humaine et d’empêcher que cette tempête ne se transforme en une tragédie encore plus vaste et plus cruelle. »


Retrouvez l’ensemble des témoignages d’Abu Amir et Marsel :

*Abu Amir Mutasem Eleïwa est coordinateur des Projets paysans depuis 2016 au sud de la bande de Gaza et correspondant de l’Union Juive Française pour la Paix.
*Marsel Alledawi est responsable du Centre Ibn Sina du nord de la bande de Gaza, centre qui se consacre au suivi éducatif et psychologique de l’enfance.
Tous les deux sont soutenus par l’UJFP en France.

 Partie 615 : 1er janvier 2026. Partie 616 : 2 janvier. Partie 617 : 4 janvier. Partie 618 : 5 janvier. Partie 619 : 6 janvier. Partie 620 : 6 janvier (1). Partie 621 : 7 janvier. Partie 622 : 8 janvier. Partie 623 : 9 janvier. Partie 624 : 9 janvier (1). Partie 625 : 10 janvier. Partie 626 : 11 janvier.

* Témoignages du 20 novembre 2023 au 5 janvier 2025 (partie 1 à 268)
* Témoignages du 5 janvier au 9 mai 2025 (partie 269 à 392)
* Témoignages du 10 mai au 5 octobre 2025 (partie 393 à 540)
* Témoignages du 6 octobre au 31 décembre 2025 (partie 541 à 614)
Pour participer à la collecte "Urgence Guerre à Gaza" : HelloAsso.com
Les témoignages sont publiés sur UJFP / Altermidi / Le Poing