Ramona Wadi, 13 janvier 2026. – L’aide humanitaire est un slogan de la rhétorique diplomatique. La Haute Représentante de l’UE pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, l’a confirmé lors d’une visite diplomatique en Égypte la semaine dernière. Elle y a évoqué la décision d’Israël de révoquer l’accès à Gaza de 37 organisations non gouvernementales impliquées dans la distribution d’aide humanitaire et de services essentiels aux Palestiniens.

Kaja Kallas et Abdel Fattah Al-Sissi le 10 janvier 2026. (source : Ahraminfo)
« Sans les ONG, l’aide ne peut atteindre l’ampleur nécessaire à Gaza », a déclaré Mme Kallas. « Rien ne justifie la dégradation de la situation humanitaire à Gaza à ce point. »
Il n’y avait aucune justification non plus pendant le génocide, ni pendant l’opération Bordure protectrice, la pire opération qu’ait connue Gaza avant le génocide. Rien ne justifiait non plus le blocus illégal de Gaza, qui a entravé la liberté de circulation et le développement économique. Rien n’a jamais justifié que Gaza soit gérée par des acteurs extérieurs dont les actions dépendent de financements et de dons, et qui sont aujourd’hui soumises à une interdiction totale.
« Il est essentiel que les plans visant à créer un comité technocratique pour administrer Gaza et une force de stabilisation progressent sans délai. Toute vacance de pouvoir ne fera que profiter aux extrémistes », a ajouté Kallas.
Le plan du comité technocratique, approuvé par la communauté internationale malgré ses prétendus désaccords avec l’administration Trump, étendra la domination coloniale à Gaza. Kallas aurait pu nuancer son discours et affirmer que la vacance de pouvoir actuelle – l’inefficacité de l’Autorité palestinienne, la répression du Hamas par Israël et, plus important encore, l’absence d’élections démocratiques en Palestine – a créé les conditions idéales pour que les extrémistes, c’est-à-dire Israël et ses collaborateurs coloniaux, prospèrent à Gaza contre la volonté du peuple palestinien.
Kallas ne peut prétendre que Gaza n’a jamais manqué de ressources. C’est le colonialisme et le génocide qui ont ravagé le territoire, et non le peuple palestinien. Israël a empoisonné les terres agricoles, les a détruites et empiète désormais sur plus de 50 % de Gaza pour contraindre les Palestiniens à se tourner vers le modèle humanitaire qui a échoué. Le comité technocratique ne renversera pas le colonialisme. Il soutiendra les projets expansionnistes d’Israël et, de facto, maintiendra la dépendance des Palestiniens à l’égard de l’aide humanitaire sans pour autant leur en fournir à la hauteur de leurs besoins. Plus important encore pour Israël et ses complices, ce comité technocratique ne s’engagera pas en faveur de l’indépendance et de l’autonomie palestiniennes.
Ainsi, lorsque Kallas, ou tout autre diplomate, parle d’aide humanitaire, il faut préciser que ce slogan ne fait référence qu’à l’utilité diplomatique de ce modèle, et non aux bénéficiaires contraints au statut de réfugié permanent contre leur gré. L’aide humanitaire est censée apporter un soulagement temporaire, mais il n’y a pas de soulagement temporaire lorsque le colonialisme et le génocide se poursuivent. Par conséquent, l’aide humanitaire a depuis longtemps cessé de remplir sa fonction, tout en servant le colonialisme. La disparité entre aide humanitaire et violence politique est flagrante dans le financement : lorsque la violence est financée par des milliards en moins d’un an, les dons promis de plusieurs millions en un mois sont jugés insuffisants, et ce, intentionnellement.
L’objectif du modèle humanitaire est de maintenir les Palestiniens dans une réalité colonisée. Kallas ne peut feindre de l’ignorer.
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR