Partager la publication "La « Ville verte » de Rafah : un plan américano-israélien visant à imposer un ghetto forcé aux Palestiniens de Gaza (vidéo)"
Euro-Med Monitor, 2 janvier 2026. — Euro-Med Human Rights Monitor réitère sa grave mise en garde concernant les dangers de l’accord israélo-américain qui établirait ce que l’on appelle une « ville verte » à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Ce projet est présenté comme une solution pour loger la population gazaouie déplacée de force depuis plus de deux ans et vivant toujours dans des camps de déplacés insalubres.
Ce plan, dont les détails ont déjà été révélés, comporte de graves risques, notamment l’imposition de mesures qui, de fait, déplaceraient de force les Palestiniens de leurs lieux de résidence d’origine et transformeraient de vastes zones de la bande de Gaza en zones militaires fermées sous le contrôle direct de l’armée israélienne.
Les informations relayées par les médias israéliens, selon lesquelles le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se sont entendus, lors de leur dernière rencontre, pour poursuivre la mise en œuvre de ce plan, suscitent une vive inquiétude. La phase initiale prévoit la construction de bâtiments ressemblant à des caravanes destinées aux civils palestiniens. D’après ces informations, les forces armées israéliennes, en collaboration avec des entreprises de construction, déblayent la zone, déjà sous contrôle israélien total, en enlevant les décombres, en nivelant le terrain et en le préparant à la construction de la ville. Le rythme de ces préparatifs devrait s’accélérer prochainement.
Ce plan illustre une fois de plus l’échec de la gestion des conséquences du génocide perpétré par Israël dans la bande de Gaza. Il avance des propositions irréalistes revenant, en substance, à une manipulation démographique, à une modification de la structure de la population de la bande et à l’imposition d’une nouvelle réalité fondée sur le contrôle, la domination et l’humiliation, sans proposer de véritables solutions aux souffrances des civils.
L’expérience de la prétendue Fondation humanitaire de Gaza en est un rappel tragique. Les centres de distribution d’aide qu’elle a établis à Rafah se sont rapidement transformés en lieux de massacres, d’abus, d’arrestations et de disparitions forcées, entraînant la mort de milliers de civils. Le projet de « ville verte » entérine une réalité de contrôle illégal prolongé, d’annexion de facto de terres par la force et d’imposition de formes illégales de détention collective de civils, en violation flagrante du droit international et du droit du peuple palestinien à l’autodétermination.
La zone désignée pour la nouvelle ville est actuellement sous contrôle militaire israélien et abrite des milices armées créées par Israël, milices impliquées dans des meurtres, des actes d’intimidation et des vols à l’encontre de Palestiniens, ce qui soulève de sérieuses questions quant à leur rôle dans le paysage qui se dessine dans la région.
Début décembre, des détails ont été révélés concernant le plan américain pour la bande de Gaza, élaboré par le Centre de coordination civilo-militaire des États-Unis. Ce plan repose sur la mise en place d’un système rigide de ségrégation géographique divisant Gaza en blocs de population et en zones militaires fermées.
Dans ce cadre, plus de la moitié de la bande de Gaza est de facto placée dans une zone militaire fermée sous contrôle militaire direct de l’armée israélienne, où des systèmes stricts de surveillance et d’administration militaire sont imposés. Un climat de coercition est instauré, caractérisé par des restrictions de déplacement, un contrôle de l’aide et des services essentiels, et la privation de nombreux droits fondamentaux. Ces mesures sont utilisées comme moyens de pression pour contraindre les habitants à quitter leur domicile et à se reloger de force dans des zones désignées comme « sûres » à l’intérieur de la zone militaire fermée, sans leur laisser la possibilité de choisir de rester ou de rentrer chez eux.
La première phase du plan divise Gaza en une « zone rouge » et une « zone verte » sous contrôle militaire israélien total, où sont déployés des groupes formés et armés par Israël. Une « ligne jaune » sépare les deux zones et sert de frontière militaire. Les forces israéliennes appliquent une politique de tir à vue contre quiconque tente de la franchir ou de s’en approcher.
Cette ligne imaginaire, marquée par des indicateurs jaunes, n’est pas restée fixe. Elle a été physiquement repoussée au-delà des cartes publiées, avançant par endroits de plus d’un kilomètre à l’intérieur de la bande de Gaza. Elle est utilisée comme un outil pour redessiner unilatéralement les lignes de contrôle militaire, étendant progressivement les zones sous contrôle israélien direct. De ce fait, la proportion de territoire dans la zone jaune est passée de 53 % à environ 60 % de la superficie totale de Gaza ces dernières semaines, en raison des expansions israéliennes et du déplacement des marqueurs. Conformément à ce plan, des zones supplémentaires de la bande de Gaza sont soumises à un régime militaire fermé et la liberté de circulation de la population est fortement restreinte, ce qui consolide l’annexion de facto du territoire et fragmente l’unité territoriale de la bande, en violation du droit international.
Les informations disponibles indiquent que le plan repose sur le transfert de Palestiniens de la zone rouge vers la zone verte par divers mécanismes de pression. Ce transfert est réalisé en instaurant un climat de vie et de sécurité coercitif dans la zone rouge et en conditionnant l’accès à une protection relative et aux services de base au consentement à la relocalisation dans des zones spécifiques de la zone verte, après des procédures de sécurité approfondies. Ce procédé prive le transfert de tout caractère véritablement volontaire et l’inscrit pleinement dans le cadre des déplacements forcés interdits par le droit international humanitaire.
Ces mesures ne se limitent pas à une gestion temporaire de la population. Elles visent fondamentalement à remodeler la composition démographique et à redessiner la carte démographique et politique de la bande de Gaza en séparant les communautés et en classant les résidents selon des critères sécuritaires et politiques. Il en résulte une nouvelle réalité fondée sur un système organisé de discrimination, où les individus sont privés de la liberté de choisir leur lieu de résidence, de fonder une famille stable, de circuler librement, de travailler ou de participer à la vie publique. L’accès aux services essentiels, aux ressources, à l’éducation et à l’emploi est subordonné à une classification de sécurité et à des critères restrictifs imposés par une autorité occupante illégitime, transformant les droits garantis par le droit international en privilèges conditionnels susceptibles d’être retirés arbitrairement.
Le plan prévoit la construction de « villes » de conteneurs (caravanes résidentielles) au sein de la zone verte, chacune conçue pour accueillir environ 25.000 personnes sur une superficie n’excédant pas un kilomètre carré. Ces villes seront entourées de clôtures et de points de contrôle, l’entrée et la sortie n’étant autorisées qu’après un contrôle de sécurité, ce qui les transformera de fait en camps de détention surpeuplés imposant de sévères restrictions à la liberté de mouvement et à la vie quotidienne de leurs habitants. La conception de ces « villes » proposées s’inspire des modèles historiques de ghettos, où des régimes coloniaux et racistes confinaient des populations spécifiques dans des quartiers clos, entourés de barrières et de postes de garde, où la circulation, l’entrée, la sortie et l’accès aux ressources étaient contrôlés de l’extérieur – comme en témoignent les ghettos européens de la Seconde Guerre mondiale et d’autres zones fermées imposées à des groupes autochtones ou marginalisés dans un contexte colonial et raciste. Une telle ségrégation spatiale forcée n’offre pas un « abri temporaire », mais crée des enclaves imposées où des populations entières sont traitées comme des entités administrables et contrôlées, plutôt que comme des individus ayant droit à la liberté de circulation, de logement et de vie au sein de leurs communautés d’origine.
Les données disponibles indiquent que les unités d’ingénierie associées au plan ont déjà entamé les démarches concrètes pour lancer la première ville pilote à Rafah, ville entièrement détruite par Israël ces deux dernières années.
Ce plan repose sur une discrimination systématique à l’encontre des Palestiniens, conditionnant le transfert d’un grand nombre d’entre eux vers les « villes » temporaires de la zone verte à la réussite de contrôles de sécurité dont les critères sont définis par les autorités israéliennes et américaines. Ceci permet d’exclure de larges pans de la population jugés « non conformes » ou présentant des « risques pour la sécurité », notamment les personnes ayant des affiliations politiques, organisationnelles ou civiques présumées qui ne correspondent pas à la vision israélo-américaine des arrangements imposés. Les personnes exclues sont laissées dans des zones plus exposées au siège et au danger. De ce fait, la protection relative et les services essentiels – tels que le logement, l’alimentation et les soins de santé – passent de droits garantis à tous sans discrimination à des instruments de tri et de pression, accordés ou refusés sur la base d’évaluations unilatérales de sécurité et politiques.
La vie dans ces villes temporaires se déroulerait sous une surveillance sécuritaire arbitraire et des modalités de gouvernance imposées sans le consentement des résidents. Ils se verraient refuser tout véritable choix d’accepter ou de refuser ces conditions, privés de la possibilité de participer à la gestion de leurs affaires publiques et soumis à une nouvelle réalité politique et administrative qui compromet directement l’avenir de la bande de Gaza, l’identité de sa population et leur droit à l’autodétermination sur leur terre, par le biais d’ingérences extérieures.
Ce plan ne se limite pas à des arrangements provisoires en matière de sécurité ou d’aide humanitaire. Il s’inscrit dans une stratégie plus large visant à fragmenter l’unité du peuple et de la terre palestiniens. Il cherche en réalité à instaurer une séparation permanente et totale entre la bande de Gaza et la Cisjordanie et à imposer une logique de « départ de zéro » par la création d’une nouvelle autorité à Gaza, détachée du cadre national et des institutions représentatives palestiniennes existantes et soumise aux conditions des promoteurs du plan. Ceci remodelerait la structure politique palestinienne contre la volonté d’un peuple occupé, menacerait les droits fondamentaux, démantèlerait le tissu social et politique et porterait gravement atteinte au droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination, en tant qu’entité unique, sur l’ensemble du territoire occupé. Le rôle des États-Unis dans l’élaboration et le financement de ce plan fait l’objet de vives critiques. Les États-Unis n’agissent pas en médiateur neutre ni en soutien humanitaire, mais en partie active participant à la conception d’une architecture politico-spatiale qui consolide l’occupation, l’annexion de facto et les déplacements forcés sous couvert de prétendus accords de sécurité et d’aide humanitaire. La supervision américaine du centre de coordination civilo-militaire, le pilotage du processus de planification et le recours à l’influence politique pour promouvoir ces divisions au sein des instances internationales contreviennent à leurs obligations en vertu du droit international, qui leur interdisent de reconnaître des situations illégales ou de contribuer à leur maintien. Ceci les expose au risque de complicité dans de graves violations, notamment les transferts forcés de population, la saisie illégale de terres et de ressources naturelles et l’atteinte au droit du peuple palestinien à l’autodétermination.
Aucun accord à Gaza ne saurait constituer une solution, ni même une « administration temporaire » légitime, à moins de reposer préalablement sur la fin de l’occupation par un retrait israélien complet et inconditionnel de la bande de Gaza et du reste du territoire palestinien occupé, ainsi que sur la fin de la présence militaire, administrative et de colonisation illégale. Levée du blocus terrestre, maritime et aérien imposé à Gaza ; garantie de la liberté de circulation et d’accès, y compris l’acheminement sans restriction de l’aide humanitaire et des matériaux de reconstruction ; et mise à disposition des Palestiniens des moyens de reconstruire eux-mêmes leurs maisons, leurs infrastructures et leurs institutions civiles, dans le plein respect de leur droit inaliénable à l’autodétermination sur leur terre.
Les États et les acteurs internationaux influents – au premier rang desquels les Nations Unies et les États parties aux Conventions de Genève – doivent rejeter tout plan ou dispositif sur le terrain qui maintient ou reproduit le contrôle israélien sous la forme d’« enclaves » ou de « zones de transition ». Ils doivent s’abstenir de reconnaître ou de soutenir toute situation impliquant des transferts forcés de population, des annexions de facto de terres, l’exploitation des ressources des territoires occupés ou la violation du droit du peuple palestinien à l’autodétermination. Ils sont également exhortés à exercer une véritable pression pour lever immédiatement le blocus, ouvrir les points de passage pour l’aide humanitaire et les matériaux de reconstruction, garantir le droit des Palestiniens à gérer leurs propres affaires et à choisir librement leurs représentants, et soutenir les mécanismes internationaux de responsabilisation pour les crimes et violations commis, afin de garantir qu’aucune partie ne bénéficie de l’impunité.
Article original en anglais sur Euromedmonitor.org / Traduction MR
