Partager la publication "Les dirigeants européens légitiment l’invasion coloniale du Venezuela par Trump"
Al Mayadeen, 5 janvier 2026. Lorsque les forces américaines ont envahi le Venezuela le 3 janvier, enlevant son président et déclarant l’intention de Washington de s’emparer des ressources pétrolières du pays, les dirigeants européens ont été confrontés à un choix clair, selon le rédacteur diplomatique du Guardian : condamner une violation flagrante du droit international ou cautionner la première opération militaire ouvertement coloniale du XXIe siècle. Ils ont choisi la seconde option, dissimulant leur complicité derrière une rhétorique sur la « transition pacifique » tout en ignorant délibérément l’illégalité, l’immoralité et le dangereux précédent que constituent les actions de Trump.
Les réactions européennes se sont avérées remarquablement uniformes. Plutôt que de s’attaquer à l’invasion elle-même, les dirigeants se sont empressés de se concentrer sur l’avenir politique du Venezuela.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré soutenir « une transition pacifique et démocratique » tout en ajoutant que « toute solution doit respecter le droit international », utilisant le futur pour éviter de reconnaître que ce droit avait déjà été violé. La chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a tenu un discours tout aussi ambigu, appelant à la retenue tout en soulignant le rejet par l’Europe de la légitimité de Maduro. En se tournant immédiatement vers les discussions post-Maduro, les dirigeants européens considèrent l’invasion comme un fait accompli, admettant que la force prime le droit.
Les lois bafouées par Trump
L’opération de Trump a violé l’article 2(4) de la Charte des Nations Unies, qui interdit le recours à la force contre l’intégrité territoriale d’un État. Aucune résolution du Conseil de sécurité n’autorise une telle action. La justification de Washington, « légitime défense » contre le narcoterrorisme, ne satisfait pas aux critères juridiques, qui n’autorisent le recours à la force qu’en réponse à des attaques armées.
L’invasion a également bafoué l’article 19 de la Charte de l’OEA, qui interdit toute intervention « pour quelque raison que ce soit » dans les affaires d’un autre État. En enlevant un chef d’État et en annonçant son intention de « diriger le Venezuela », Washington a violé le droit international relatif à l’immunité et à l’autodétermination des chefs d’État. Dans une interview accordée au Guardian, Oona Hathaway, professeure à Yale, a averti que le fait d’accepter le trafic de drogue comme justification d’une invasion « supprime toute limite à l’usage de la force ». Pourtant, les dirigeants européens ont laissé ces limites se dissoudre sans protester.
Le résultat prime sur le principe
Selon le Guardian, derrière les euphémismes diplomatiques se cache un calcul cynique ; les dirigeants européens sont discrètement soulagés du résultat. L’Europe s’était longtemps opposée à Maduro, reconnaissant auparavant des figures de l’opposition, et son départ sert les intérêts européens en éliminant un allié de la Russie et de la Chine.
Le fait que ce départ ait eu lieu par le biais d’une invasion illégale importe moins que le réalignement géopolitique qu’il permet. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, n’a « pas versé de larmes pour le départ de Maduro », tout en évitant d’aborder la question de l’application du droit international à l’invasion et à l’enlèvement.
Même le président français, Emmanuel Macron, dont le ministre des Affaires étrangères a reconnu que l’opération « viole le principe de non-recours à la force », a nuancé cette clarté en déclarant que les Vénézuéliens devraient « se réjouir ».
La vision coloniale de Trump
Trump a ouvertement affiché des objectifs coloniaux. S’exprimant depuis Mar-a-Lago, il a déclaré que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela, détaillant un plan visant à déployer des compagnies pétrolières américaines pour « réparer les infrastructures » et « commencer à générer des profits pour le pays ». Washington vendrait du pétrole, « probablement en bien plus grandes quantités ». Son affirmation selon laquelle « nous sommes dans le secteur pétrolier » discrédite toute prétention humanitaire.
Il s’est vanté d’avoir suivi le raid « comme une émission de télévision », saluant la « rapidité » et la « violence ». Les infrastructures pétrolières vénézuéliennes ont été délibérément épargnées lors des frappes qui ont coûté la vie à des dizaines de civils, préservant ainsi des ressources pour l’exploitation américaine.
Son administration a clairement indiqué que cette invasion n’était pas un cas isolé, mais un modèle à suivre. Le secrétaire d’État Marco Rubio a menacé Cuba : « Si j’étais à leur place, je m’inquiéterais. » Trump a également averti le président colombien Petro « de faire attention », évoquant la production de cocaïne comme justification potentielle.
Vassalité déguisée en diplomatie
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a déclaré : « Ce n’est pas le moment de commenter la légalité. » Le chancelier allemand Friedrich Merz a affirmé que « l’évaluation est complexe et nécessite un examen attentif ». Tous deux privilégient le fait d’éviter le mécontentement de Trump à la défense de leurs principes.
Les dirigeants européens n’ont ni les moyens de s’opposer aux actions américaines, ni la résilience nécessaire pour résister aux menaces de droits de douane. Ils dépendent de Washington pour leurs garanties de sécurité et espèrent que le contrôle américain du pétrole vénézuélien stabilisera les marchés de l’énergie, rendant ainsi superflus les principes qu’ils prônent auprès des autres nations. Mais ce silence a un coût : celui de futures invasions et de catastrophes humanitaires.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, fut l’un des rares responsables européens à avertir que « des violations répétées auront de lourdes conséquences pour la sécurité mondiale ».
En refusant de condamner une invasion illégale tout en se félicitant de son issue, les dirigeants européens indiquent que leur attachement au droit international est purement rhétorique, selon le Guardian. En se concentrant sur « la suite » plutôt que sur la manière dont Maduro a été destitué, ils démantèlent l’architecture juridique qui confère sa légitimité à leurs États.
Article original en anglais sur Al Mayadeen / Traduction MR
