ISM-Palestine, 4 janvier 2026. – Bonjour d’Umm al-Khair. C’est le village où est né Awdah Hathaleen, où il a œuvré pour l’organisation communautaire, fondé une famille, participé à la production du film oscarisé « No Other Land », et où il a été assassiné le 28 juillet 2025 par un colon.
De nombreux militants internationaux, issus de différentes organisations et travaillant avec Awdah, ont collaboré avec lui au fil des ans. Je ne l’ai rencontré que brièvement en 2024, mais son talent d’animateur communautaire et sa capacité à mener la résistance de sa communauté contre l’occupation étaient déjà manifestes lors de cette courte rencontre. Ce texte est un hommage rédigé par un membre d’ISM qui a travaillé en étroite collaboration avec Awdah.
Umm al-Khair a été fondé en 1948 par deux frères fuyant la Nakba. Ils y ont construit leurs maisons et leurs vies, et des générations de leurs descendants sont nées dans cette communauté. En 1980, la colonie de Carmel a été fondée juste à côté d’Umm al-Khair. Depuis, le village est la cible d’attaques de la part des colons et de l’armée israélienne, dans le cadre des tentatives d’annexion de ce territoire. La route menant à Carmel coupe Umm al-Khair en deux, et de nouveaux avant-postes illégaux ont été établis tout autour du village.
Yinon Levi, le meurtrier d’Awdah, est sous sanctions de pays européens depuis la fondation de la colonie illégale Havat Meitarim, située à une certaine distance d’Umm al-Khair. Cependant, son entreprise de travaux publics était engagée dans la région et coupait l’eau du village le jour où Levi a abattu Awdah. Il a été libéré de son assignation à résidence après quelques jours et n’a pas été inculpé. Parallèlement, près d’une vingtaine de villageois ont été arrêtés le même jour et détenus pendant plusieurs jours, subissant des violences en prison. L’armée israélienne a longtemps refusé de remettre le corps d’Awdah pour les funérailles, et soixante femmes de la communauté ont entamé une grève de la faim pour réclamer le droit d’enterrer leur défunte. Ceci n’est qu’un aperçu du pouvoir et de la solidarité de cette communauté.
Hier, sur la route d’Umm al-Khair/Carmel, un barrage routier avait été mis en place. Trois ou quatre soldats israéliens arrêtaient et fouillaient chaque voiture. Arrivés au barrage, après que les soldats ont pris nos papiers d’identité, j’ai remarqué que l’un d’eux avait dissimulé son insigne officiel par un écusson où l’on pouvait lire en anglais : « V.I.P. Blood ». Comme c’est souvent le cas avec la police et l’armée, ils nous ont alors crié d’ouvrir le coffre pour une fouille, sans nous laisser sortir de la voiture. Au bout de quelques minutes, ils se sont lassés et nous ont laissé passer.
L’après-midi, alors que nous étions au centre communautaire et que nous regardions des militants israéliens antisionistes jouer au football avec des enfants, des colons de Carmel ont effectué leur marche hebdomadaire du Shabbat à travers le village. Comme à Al Khalil, ils transforment la belle tradition de la promenade du Shabbat en un outil de domination. Les enfants palestiniens doivent se disperser et chacun retient son souffle de peur que les colons n’exploitent le moindre geste des Palestiniens ou des militants comme prétexte pour appeler l’armée afin de les « protéger ». Nous ne prenons pas de photos car les colons amènent leurs enfants et accusent ensuite la communauté/les militants de s’en prendre aux enfants.

Des caméras de sécurité ont été installées par les villageois. Les enregistrements ont été saisis par l’armée lors du meurtre d’Awdah, dissimulant ainsi les preuves qu’il avait été tué de sang-froid.
On me demande souvent pourquoi je n’observe pas le Shabbat ici, et cette décision est en partie motivée par la nécessité de rester impliquée dans mon travail. Mais elle tient aussi au fait que, lorsqu’on est entouré de personnes qui n’ont jamais connu le Shabbat autrement que comme une période de menaces et de violence accrues – le temps consacré aux activités, en somme –, il prend une signification complètement différente de celle qu’il a pour moi dans la diaspora.

Les bâtiments jaunes de la colonie, la menorah et les barbelés installés par les colons se trouvent juste derrière le terrain de football d’Umm al-Khair.
La communauté d’Umm al-Khair est riche et dynamique, unie par des liens familiaux, une loyauté et un engagement profonds. Awdah n’était qu’un des nombreux leaders de la communauté, et si les occupants pensaient que son assassinat saperait la résistance des villageois, ils se trompaient lourdement. Nous avons rencontré un cousin d’Awdah, qui a grandi en apprenant de lui et qui a repris nombre de ses responsabilités, travaillé avec des militants internationaux et soutenu sa veuve et ses trois adorables fils. Il nous a raconté de nombreuses histoires sur la famille et leur histoire ici, notamment son arrestation à l’adolescence et les coups reçus en prison avant d’être relâché en pleine nuit, loin de chez lui, sans argent ni téléphone. Il nous a parlé de l’impact de la mort d’Awdah et de la façon dont les colons viennent à la clôture de barbelés qu’ils ont construite et crient aux villageois : « Où est Awdah ? Où est Suleiman ? [Un autre martyr du village]. On ne les a pas vus récemment. »
J’ai tellement entendu parler d’Umm al-Khair ces dernières années, et de leur puissant exemple de résistance. Ce fut un honneur de pouvoir passer la soirée ici, discuter avec les militants, rendre visite à la veuve d’Awdah et faire la connaissance des enfants. Nous avons fait une partie de foot endiablée qui s’est soldée par une chute spectaculaire et une sortie du terrain en boitant. Un enfant particulièrement énergique a même décidé de me prendre pour terrain de jeux pendant une bonne partie de la soirée. Les bébés sont adorables et toutes les personnes que nous avons rencontrées étaient si accueillantes.
Pour celles et ceux qui souhaitent s’engager dans un travail de solidarité en Palestine, mais pour qui l’ISM ne serait pas forcément la solution idéale, des organisations comme le Centre pour la non-violence juive entretiennent des relations de longue date avec Umm al-Khair.
Article original en anglais sur Palsolidarity.org / Traduction MR









