Réflexions sur les élections de mi-mandat

Chris Hedges, 4 novembre 2026. Les démocrates ont peut-être pris le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, ils ont peut-être humilié Donald Trump et le Parti républicain, mais le véritable combat ne fait que commencer. Il ne s’agit pas seulement de demander des comptes au régime corrompu de Trump, ce qui ne peut se faire que si les démocrates acceptent de surmonter leurs réticences à engager une procédure de destitution contre le président. C’est aussi une lutte pour balayer la hiérarchie du Parti démocrate, inféodée aux grandes entreprises, notamment Chuck Schumer et Hakeem Jeffries.

JD Vance a déclaré que la défaite des républicains aux élections de mi-mandat était en partie due au soutien des États-Unis à Israël et à la guerre contre l’Iran.

Depuis la présidence de Bill Clinton, à qui l’on doit l’ALÉNA, la plus grande trahison envers la classe ouvrière depuis la loi Taft-Hartley de 1947, ainsi que le démantèlement de programmes sociaux comme l’aide aux plus démunis, le Parti démocrate est devenu une version plus policée de la domination des grandes entreprises et des oligarques ; il est servilement soumis à la machine de guerre, au lobby israélien et à ses bailleurs de fonds issus de la classe des milliardaires.

Le pays est en ruine. La corruption, dans les deux partis, est endémique. Les agences fédérales ont été vidées de leur substance et détruites. Le système judiciaire, Cour suprême incluse, a été livré à des idéologues de droite. La classe ouvrière est accablée par un endettement qui s’apparente à un servage, ainsi que par des salaires indignes. Les normes et protections constitutionnelles ont été effacées. Les milliardaires, Trump en tête, ne paient que peu, voire pas du tout, d’impôt sur le revenu. L’arrêt « Citizens United » de la Cour suprême en 2010, qui autorise les grandes entreprises à financer les candidats de leur choix, pérennise un système de corruption légalisée.

Le public réclame peut-être une augmentation du salaire minimum, un système de santé universel (Medicare for All), une régulation des grandes banques et des fonds d’investissement privés, la fin des livraisons d’armes à Israël et une réforme du financement des campagnes électorales ; mais au sein de la direction du Parti démocrate, personne n’écoute et personne ne s’en soucie. Ils servent ceux qui les financent.

Le capitalisme sauvage, présenté sous le terme aseptisé de néolibéralisme, pourra-t-il continuer à appauvrir les citoyens et à concentrer les richesses au sommet, entre les mains de ce 1 % le plus fortuné ? Les grandes entreprises seront-elles soumises à des réglementations et à un contrôle effectif ? Les criminels en col blanc seront-ils traduits en justice ? Notre démocratie sera-t-elle restaurée ? Ou bien finira-t-on par normaliser le spectacle grotesque d’un homme doté d’une fortune se chiffrant en milliers de milliards, Elon Musk, en train de démanteler des agences fédérales et d’injecter des centaines de millions de dollars dans les élections pour tenter d’en dicter l’issue ?

La poignée de personnalités politiques qui tentent de s’attaquer à la corruption et aux ravages causés à la classe ouvrière américaine par la désindustrialisation et la déréglementation, à l’instar de Bernie Sanders, voient leurs campagnes sabotées par la direction du Parti démocrate, Barack Obama en tête.

Nous devons exiger des candidats progressistes -parmi lesquels Abdul El-Sayed, sénateur élu du Michigan, et potentiellement Troy Jackson, du Maine- qu’ils forment des coalitions pour évincer la direction du Parti démocrate, relever le salaire minimum, instaurer une couverture santé universelle, poursuivre les crimes commis par les grandes entreprises et engager une procédure de destitution contre Trump. Il nous appartiendra de le faire.

La hiérarchie du Parti démocrate n’interprétera pas ces résultats comme un désaveu de Trump, mais comme une validation de sa propre ligne, atone et inefficace, celle d’un parti qui ne défend presque rien et ne se bat pour quasiment rien. Ce serait, de la part des démocrates, une nouvelle trahison envers les électeurs. Cela maintiendrait la perspective, bien réelle, qu’un autre fasciste, mieux organisé et plus intelligent, puisse s’emparer de la Maison-Blanche dans deux ans.

Bien entendu, ce combat impliquera non seulement de se débarrasser d’une direction démocrate corrompue, mais aussi de s’en prendre aux méga-donateurs, aux lobbyistes et aux grandes entreprises qui financent et contrôlent le Parti démocrate.

La lutte pour arracher le parti aux mains des grandes entreprises et des oligarques sera âpre et difficile. Il nous faudra miser sur la force des mouvements de masse pour briser ces liens. Rien d’autre ne fonctionnera.

Si nous échouons, notre démocratie anémiée ne sera pas sauvée par ces élections de mi-mandat ; elle sera condamnée.

Article original en anglais sur The Chris Hedges Report.