Partager la publication "Le vol des olives n’est qu’un élément de la structure coloniale d’Israël"
Ramona Wadi, 20 octobre 2026.- Les constats sont devenus, pour l’ONU, l’unique moyen de feindre une intervention face à la violence coloniale israélienne. Un récent communiqué de presse, publié par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), fait état d’une intensification des violences perpétrées par des colons israéliens à l’encontre d’agriculteurs palestiniens durant la récolte des olives.

12 octobre : des colons israéliens attaquent une famille palestinienne alors qu’elle récolte ses olives dans le village de Qawawis, à Masafer Yatta. (capture d’écran de la VIDEO publié par Youth of Sumud)
Les rapporteurs spéciaux de l’ONU, signataires de ce communiqué, expliquent comment l’entrave à l’accès des agriculteurs palestiniens à leurs terres entraîne des difficultés économiques, provoque le déplacement de communautés bédouines et pastorales, et compromet la souveraineté alimentaire palestinienne. Le texte souligne également qu’Israël a modifié sa politique cette année pour empêcher les Palestiniens de récolter des olives sur des terres classées comme « terres de l’État ».
« Les experts ont exhorté Israël à veiller à ce que ses forces protègent les agriculteurs palestiniens contre les attaques des colons, à s’abstenir de toute ingérence dans leur accès à la terre et à se conformer à ses obligations en vertu du droit international », indique notamment le communiqué. Dans un contexte où le droit international serait respecté, cet appel pourrait être entendu. Or, Israël se considère au-dessus du droit international ; il n’éprouve donc aucune urgence à agir en conséquence, d’autant que la communauté internationale, ONU incluse, normalise l’ensemble des violations du droit international commises par Israël.
Par ailleurs, plusieurs médias ont rapporté qu’un rabbin israélien, Dov Lior, a émis une décision religieuse justifiant que les colons israéliens volent la récolte d’olives palestinienne. Qualifiant les terres palestiniennes de terres « volées » au peuple juif, Lior a affirmé que s’emparer de la récolte d’olives palestinienne constituait une « vertu supplémentaire ».
Concernant les terres classées par Israël comme « terres de l’État », Lior a déclaré qu’il est « permis aux juifs de cueillir les olives afin de revendiquer la propriété des terres palestiniennes ». Selon Al Jazeera, tous les chefs religieux juifs n’ont pas suivi l’appel de Lior ; certains ont même publié des déclarations condamnant cette décision.
L’organisation « Rabbins pour les droits de l’homme » (Rabbis for Human Rights) a déposé plainte contre Lior auprès de la police. « Pénétrer sur les terres d’autrui et s’emparer des récoltes en violation de la loi, ce n’est pas ce que Dieu attend de nous sur cette terre », a déclaré Anton Goodman, directeur par intérim de l’organisation.
Il ne s’agit toutefois que d’une composante parmi d’autres de la nature coloniale d’Israël, ce qui, une fois de plus, détourne l’attention de la responsabilité d’Israël. Pénétrer sur des terres palestiniennes et y dérober des récoltes constitue une violation de la loi ; mais qu’en est-il de la violation originelle du territoire palestinien, qui a conduit à la création d’Israël sur une terre ayant fait l’objet d’un nettoyage ethnique ? Voler des olives est un acte répréhensible, tout comme l’est le colonialisme.
Par sa nature même d’entreprise coloniale, Israël a créé un terreau propice au développement de diverses formes de violence coloniale. L’extrémisme y est manifeste, et il sert Israël de deux manières contradictoires : en rejetant la responsabilité des violences sur les colons extrémistes, tout en s’appuyant sur ces mêmes colons pour faire avancer le processus colonial. Pour Israël, il s’agit toujours de trouver un équilibre au sein de cet extrémisme ; seul le peuple palestinien, quant à lui, est confronté à l’éventail complet de la violence coloniale.
Les critiques qui se focalisent sur un aspect particulier de la violence des colons cautionnée par Israël sans pour autant remettre en cause Israël lui-même, occultent une réalité fondamentale : Israël autorise de telles violations parce qu’elles constituent, en somme, un prolongement de sa propre existence. Si le vol d’olives, ainsi que les dommages causés aux oliveraies par les colons, finissent par permettre l’expropriation de terres palestiniennes au profit des projets expansionnistes d’Israël, comment, dès lors, pourrait-on faire abstraction d’Israël dans toute condamnation de ces actes ?
Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR