Partager la publication "Washington parviendra-t-il à paralyser l’économie iranienne ?"
Quelle est cette menace iranienne qui inquiète les États du Golfe et Washington ? Et pourquoi s’attend-on à ce que Trump fasse marche arrière à la dernière minute ?
Abdel Bari Atwan, 26 août 2026.– La question cruciale qui résonne dans les cercles régionaux et mondiaux est de savoir si l’administration du président US Donald Trump parviendra à isoler l’Iran et à l’asphyxier économiquement grâce aux sanctions qu’elle menace d’imposer — qu’elle qualifie de plus vaste offensive financière jamais lancée contre le pays — et si tout État coopérant avec l’Iran se retrouvera lui-même isolé sur la scène internationale.
La réponse immédiate est un « non » catégorique, car l’Iran n’a jamais cédé face aux sanctions et aux blocus US depuis 1979. En outre, toutes les menaces militaires, politiques et économiques brandies par les États-Unis par le passé se sont soldées par un échec cuisant. Les États-Unis et Israël ont mené trois guerres sans pour autant réussir à soumettre l’Iran ni à le contraindre à la capitulation. Le déploiement de porte-avions américains, de plus de vingt frégates militaires et de centaines d’avions de combat modernes n’a pas permis d’imposer la souveraineté américaine sur le détroit d’Ormuz, de démanteler le programme nucléaire iranien ni de vaincre — sur le plan financier ou militaire — les brigades de résistance soutenues par Téhéran.
L’Iran a anticipé la mobilisation militaire US grâce à une gestion stratégique de haut niveau, en renforçant son front intérieur contre les failles de renseignement, en colmatant la quasi-totalité des brèches sécuritaires et en consolidant l’unité nationale. Le pays fait aujourd’hui preuve d’une détermination égale, voire supérieure, pour affronter cette guerre économique. Cette préparation se manifeste à travers les mesures suivantes :
Premièrement, l’Iran a confirmé qu’il riposterait à cette offensive économique par tous les moyens possibles, notamment en ciblant les intérêts économiques US dans la région, en particulier ceux liés au secteur pétrolier.
Deuxièmement, une commission parlementaire iranienne spécialisée dans la défense économique a approuvé une décision préliminaire d’imposer des droits de passage à tous les navires transitant par le détroit d’Ormuz. Le paiement devra s’effectuer en rials iraniens ou dans d’autres devises officiellement reconnues, à l’exception des transactions avec les pays alliés.
Troisièmement, l’Iran menace de sanctionner tout pays — et plus particulièrement les États du Golfe voisins — qui se plierait aux exigences des Etats-Unies et participerait au blocus.
Quatrièmement, l’Iran entend poursuivre sa politique consistant à cibler les installations militaires états-uniennes, non seulement au Moyen-Orient, mais aussi dans les pays européens impliqués dans cette guerre économique, tels que Chypre, la Bulgarie et potentiellement la Turquie.
L’administration Trump a recours à des termes grandiloquents pour décrire ses menaces militaires — évoquant notamment « la plus grande frappe militaire de l’histoire », « la plus vaste attaque depuis la Seconde Guerre mondiale », « l’ouverture des portes de l’enfer » ou encore la volonté d’« effacer l’Iran de la carte » — avant de finalement admettre l’échec de l’option militaire et de se tourner vers une agression économique. Lorsque les dirigeants iraniens répondent à ces menaces par la dérision, la résilience et la détermination, le président Trump fait marche arrière à la dernière minute, terrifié par les conséquences d’une mise à exécution, et envoie malheureusement des intermédiaires « musulmans » pour le tirer de ce mauvais pas et parvenir à un accord annulant ou gelant l’option militaire. Le protocole d’accord et la trêve de deux mois avaient pour but de sauver la face de Trump tout en offrant une bouée de sauvetage à son administration.
Le général Asim Munir, chef d’état-major de l’armée pakistanaise — dirigeant de facto du pays et homme fort des États-Unis — devait arriver aujourd’hui à Téhéran à la tête d’une délégation comprenant le ministre de l’Intérieur. Cette annonce faisait suite à un entretien téléphonique avec le président Trump, à la demande de ce dernier, visant à lui proposer une porte de sortie face à l’escalade des lourdes sanctions économiques.
Trump a fait monter les enchères en affirmant que cette offensive financière et économique contre l’Iran serait sans précédent, mais la réponse iranienne a été l’indifférence. À qui chantes-tu tes psaumes, David ? Nous te connaissons bien et t’accueillons dans ton nouveau refuge, désormais évident. Ceux qui ont résisté et sont restés fermes malgré toutes tes sanctions précédentes sauront faire face aux nouvelles, quelle que soit leur ampleur.
L’Iran a remporté l’affrontement militaire — comme le reconnaissent 92 % des Israéliens et 82 % des Etats-Uniens— et il gagnera la guerre économique avec la même marge, voire davantage. Nous attendons désormais de connaître les détails de ces sanctions et du recul honteux de Trump, ainsi que sa célèbre justification selon laquelle ce retrait aurait été décidé à la demande du médiateur pakistanais et à la suite de réunions à Téhéran.
Article original en anglais sur Raialyoum / Traduction MR
