Partager la publication "La guerre contre l’Iran pourrait bien rester dans les mémoires comme la pire défaite jamais subie par les États-Unis"
Robert Inlakesh, 24 juillet 2026. – Alors que le président américain continue de mentir à sa population au sujet de victoires imaginaires sur l’Iran en Asie occidentale, ses arguments ne convainquent pas l’immense majorité des Américains, qui ne sont pas dupes de sa rhétorique usée. Contrairement aux bévues militaires du passé, Washington n’a pas réussi — et ne réussira pas — à leurrer sa population.
Certains analystes ont tenté de comparer l’incapacité de Donald Trump à combattre efficacement l’Iran aux défaites et erreurs stratégiques qui ont ruiné la réputation de présidents précédents ; or, la situation actuelle est bien différente.
Passer en revue toutes les guerres d’agression américaines serait une tâche trop vaste pour un seul article, mais quelques comparaisons circulent et méritent d’être analysées : celles avec la guerre d’Irak, la guerre du Vietnam et même l’opération Eagle Claw (Serre d’aigle).
Toutes ces comparaisons diffèrent considérablement, par leur nature, de la campagne aérienne à grande échelle — devenue une succession de combats sporadiques — dans laquelle l’administration Trump s’est engagée. Si l’on considère d’abord la comparaison avec la guerre du Vietnam, elle est souvent utilisée comme une figure de style — « c’est le Vietnam de tel ou tel » — manière pour certains analystes d’appliquer le modèle du Vietnam à la situation actuelle.
Bien que l’on puisse pointer l’enlisement des États-Unis dans la guerre contre l’Iran, la situation est radicalement différente de ce qui s’est passé au Vietnam. Au début de l’escalade, en octobre 1965, un sondage Gallup indiquait que 64 % de la population approuvait l’intervention américaine au Vietnam ; en 1970, la tendance s’était inversée, environ 55 % des Américains réclamant le retour des troupes.
À l’époque, les États-Unis avaient convaincu leur population de la nécessité de combattre le communisme et de l’utilité de la guerre du Vietnam, arguant que la chute du Sud-Vietnam aux mains d’un gouvernement communiste déclencherait un effet domino, entraînant la bascule d’autres gouvernements asiatiques vers cette idéologie. Le spectre du communisme frappait l’imaginaire des populations occidentales, alors opposées à l’Union soviétique et à la Chine de Mao Zedong.
Dans le cas de Trump, l’adhésion de l’opinion publique à la guerre contre l’Iran a fait défaut dès le départ. Les sondages Ipsos réalisés au début du conflit indiquaient que 58 % des Américains s’opposaient à une guerre contre l’Iran, tandis que seuls 38 % y étaient favorables. Deux semaines après le début des hostilités, une enquête du Pew Research Center révélait que 61 % de la population désapprouvait cette guerre. Aujourd’hui, même la base de partisans inconditionnels de Trump se détourne du conflit : selon un sondage Politico, à peine plus d’un tiers des sympathisants du mouvement MAGA estiment que les coûts économiques de la guerre contre l’Iran en valaient la peine.
À titre de comparaison, au pire moment de la guerre du Vietnam, l’opinion publique était plus favorable au conflit qu’elle ne l’était au début de la guerre contre l’Iran. Quant à l’invasion désastreuse de l’Irak en 2003, un sondage Gallup News avait enregistré un taux d’approbation de 72 %, seuls 25 % des Américains s’y opposant.
Il convient également d’évoquer l’opération « Eagle Claw », cette mission désastreuse ordonnée par l’ancien président américain Jimmy Carter visant à libérer les citoyens américains alors retenus par la République islamique. Si l’on fait aujourd’hui référence à Jimmy Carter et à son opération ratée — qui coûta la vie à huit militaires américains —, c’est en raison des propos tenus par le président Trump lui-même au sujet de l’administration Carter.
En cas d’invasion terrestre visant à s’emparer du territoire iranien — l’île de Kharg étant la cible d’occupation la plus souvent évoquée publiquement —, le président américain se retrouverait presque inévitablement dans une situation où plusieurs soldats américains pourraient être faits prisonniers.
Tous les cas susmentionnés présentent une différence majeure qui les distingue des actions actuelles de l’administration Trump : il ne s’agissait pas d’opérations lancées uniquement pour servir les intérêts d’un pays étranger.
Bien que les Israéliens aient certainement joué un rôle en poussant les États-Unis à déclencher la guerre en Irak, ce conflit a permis d’affirmer la domination de Washington sur la région et de placer davantage les États arabes du Golfe sous son contrôle ; c’était, de toute évidence, une guerre que l’on pouvait gagner. Les conséquences de l’invasion ne furent pas immédiates ; l’opinion publique américaine a cru au nouvel « ennemi islamique » qui avait remplacé le récit de la « menace rouge », diffusé auprès des populations de l’Occident collectif durant la guerre froide.
La guerre du Vietnam s’est appuyée sur l’incident du golfe du Tonkin — une opération sous faux drapeau — pour justifier le conflit, tandis que la guerre en Irak a trouvé sa justification dans les attentats du 11 septembre. Pour ce qui est de l’Iran, on n’a même pas pris la peine d’invoquer un incident quelconque comme prétexte ; l’opération a été menée dans la précipitation et avec négligence.
Cette fois, l’Iran a réussi à utiliser la fermeture du détroit d’Ormuz comme moyen de pression sur les États-Unis, tandis que le mouvement yéménite Ansar Allah resserre l’étau en imposant un contre-blocus à l’Arabie saoudite en mer Rouge. Si les forces armées yéménites décidaient de passer à l’acte, elles pourraient également bloquer totalement le détroit de Bab-el-Mandeb, paralysant ainsi deux des routes commerciales les plus importantes au monde. L’Iran a démontré sa capacité à pilonner sans relâche les bases militaires américaines et à mettre en échec les tentatives de l’US Navy de coordonner la sortie des navires du Golfe.
Le complexe militaro-industriel américain subit lui aussi des revers cuisants : l’Iran a réussi à abattre au moins un avion de chasse F-15 et a même verrouillé sa cible sur un F-35 — le touchant au point de le contraindre à un atterrissage d’urgence.
Les alliés des États-Unis dans le Golfe, qui s’étaient engagés à investir des milliers de milliards de dollars dans l’économie américaine, subissent de plein fouet les conséquences économiques du conflit ; certains territoires pourraient même devenir inhabitables en cas d’escalade de la guerre. Qu’il s’agisse de projection de puissance, de vente d’armes, d’accaparement de ressources ou de l’image de la victoire, il n’y a rien à y gagner.
Seuls les Israéliens ont quelque chose à retirer de cette guerre profondément impopulaire. Ils cherchent à utiliser l’armée américaine pour accomplir le sale boulot : dégrader les infrastructures iraniennes et porter un coup économique à la République islamique. C’est que Tel-Aviv comprend bien qu’il ne peut mener cette tâche seul ; tant qu’il est en mesure d’encaisser les coups qui lui sont portés, il est prêt à continuer d’utiliser l’administration Trump pour servir ses intérêts.
Jamais les États-Unis n’ont mené une guerre de cette nature — une guerre perdue sur tous les plans et livrée dans le seul but de satisfaire les visées expansionnistes d’un régime étranger voyou. Donald Trump ne ressemble ni à Jimmy Carter ni à George Bush fils ; on se souviendra de lui comme du président qui a déclenché une guerre d’agression pour le compte d’un régime génocidaire, lequel se soucie fort peu des conséquences pour les États-Unis et le reste du monde, pourvu qu’il continue de bénéficier du soutien nécessaire à la réalisation de ses objectifs : bâtir un empire régional fondé sur une idéologie suprémaciste.
Article original sur Al Mayadeen / Traduction MR
