« Négociations de normalisation » : Le Liban n’a plus de gouvernement

Robert Inlakesh, 15 avril 2026. – L’État libanais n’a plus la moindre apparence de souveraineté, et son gouvernement s’est abaissé plus bas que jamais. Immédiatement après l’un des massacres de civils les plus violents de l’histoire de Beyrouth perpétrés par Israël, les plus hauts responsables du gouvernement supplient de normaliser les relations avec les assassins et mettent en œuvre un plan susceptible de plonger le pays dans la guerre civile.

16 avril, 9h30. L’armée israélienne a ordonné à tous les résidents au sud de la rivière Zahrani d’évacuer immédiatement leurs maisons. Cette zone comprend la ville côtière historique de Tyr et des dizaines de villages et de villes libanais. Les résidents sont « invités » à se déplacer au nord de la rivière Zahrani (située à environ 40 km au nord de la frontière israélienne). (source Drop Site)

L’ancien président libanais, Bachir Gemayel, avait un temps cherché à conclure un accord tacite avec Israël, tandis que beaucoup spéculaient qu’un accord de normalisation complet était son objectif final. Finalement, il ne resta au pouvoir que 21 jours avant d’être assassiné par un chrétien maronite à l’aide d’une bombe télécommandée.

Bien que Gemayel ait manifestement entretenu des liens étroits avec les Israéliens et qu’il ait été un chef de la milice fasciste Kataeb, dès sa prise de fonction, il adopta une politique de « non-vassalité » afin de donner l’illusion de ne pas agir pour le compte de Tel-Aviv. Conscient de ce qu’en 1982, les Israéliens lançaient une guerre d’agression contre le Liban et s’apprêtaient à massacrer 20.000 personnes, il comprit la nécessité de projeter une image d’indépendance, et non celle de trahison, comme beaucoup l’en accusaient.

En 2026, le Premier ministre libanais Nawaf Salam et le président Joseph Aoun implorent ouvertement des rencontres gouvernementales directes avec Israël. Alors qu’Israël a assassiné plus de 2.100 personnes au Liban – ciblant journalistes, hôpitaux, secouristes et d’innombrables autres civils –, le gouvernement entame des négociations de normalisation.

Tandis que des manifestants descendirent rapidement dans la rue pour protester contre ces négociations, qualifiant le gouvernement de traître et insistant sur la nécessité de rejeter la normalisation, l’administration tenta de faire croire à la population qu’un cessez-le-feu était sur le point d’être discuté. Un article explosif d’Axios News, suivi d’une série de déclarations de responsables israéliens, vient confirmer les soupçons de la population libanaise. Israël a clairement indiqué qu’il ne discuterait même pas d’un cessez-le-feu, mais qu’il entamerait des pourparlers en vue d’un « accord de paix ». Axios a rapporté que, lors d’un appel téléphonique vendredi dernier, le gouvernement libanais a demandé aux Israéliens de « revenir aux termes du cessez-le-feu de novembre 2024 et de ne mener des frappes que contre les menaces imminentes du Hezbollah ».

Cela signifie que le gouvernement libanais a plaidé avec insistance pour des négociations directes, sans même exiger au préalable qu’Israël cesse de bombarder son pays ni même qu’il accepte d’en discuter. Sa demande maximale était que Tel-Aviv accepte de revenir à la situation de « cessez-le-feu » antérieure au conflit actuel, durant laquelle elle a commis 15.400 violations et concentré l’essentiel de sa puissance de feu sur le sud du pays.

Le Premier ministre Nawaf Salam a même convoqué le commandant de l’armée libanaise, Rudolphe Heikal, en pleine guerre, car ce dernier refusait de s’opposer au Hezbollah et d’appliquer la demande américano-israélienne de désarmer le seul groupe qui protège le pays.

Au début du mois, le président Aoun a prononcé un discours dans lequel il a déclaré attendre l’approbation d’Israël pour que l’État puisse réparer une conduite d’eau dans le sud du pays, comme s’il participait de son plein gré à une humiliation publique.

Vendredi dernier, des images ont été filmées montrant des manifestants à Beyrouth face à des membres désarmés des Forces armées libanaises, déployés dans le secteur avec des boucliers anti-émeutes. Un homme a interpellé les soldats, les exhortant à rejoindre la résistance dans le sud et leur demandant comment ils pouvaient continuer à servir dans une armée qui ne les payait même pas. L’un des soldats a même fondu en larmes, sanglotant de façon incontrôlable pendant les propos du manifestant. Israël a tué des dizaines de membres des forces de sécurité et de l’armée libanaises, mais le gouvernement de Beyrouth leur refuse l’autorisation de riposter. Au contraire, ils fuient toute zone où Israël les envoie, comme s’ils recevaient leurs ordres de Tel-Aviv et non de leur propre capitale.

Pendant ce temps, les combattants du Hezbollah libanais mènent de violents combats terrestres pour défendre le pays contre l’invasion des soldats israéliens, qui tentent d’imposer une occupation illégale au Sud-Liban, ramenant la situation à celle d’avant 2000.

Le ministre de la Défense israélien, Israel Katz, affirme officiellement que les civils déplacés du Sud-Liban ne seront pas autorisés à rentrer chez eux et que le territoire sera confisqué par l’armée israélienne. Parallèlement, le gouvernement israélien exige du Liban le désarmement forcé du Hezbollah, une mesure qui déclencherait inévitablement une guerre civile. Moins d’une semaine après les plus de 100 attaques israéliennes lancées en seulement 10 minutes, qui ont fait environ 300 morts et détruit des immeubles entiers à Beyrouth, Nawaf Salam et Joseph Aoun cherchent à normaliser les relations. Cette initiative rompt avec la position de longue date du gouvernement libanais, qui exigeait la création d’un État palestinien avant d’entamer de telles négociations.

Bien que le gouvernement libanais ait une longue histoire d’abandon des populations du Sud-Liban, faisant comme si une partie entière de son pays ne lui appartenait pas, il s’agit peut-être de l’épisode le plus honteux à ce jour.

Ni le président ni le Premier ministre n’ont été élus directement par le peuple libanais. Ils ont accédé au pouvoir grâce au soutien des États-Unis, profitant de la crise politique engendrée par la guerre israélienne de 2024. Aujourd’hui, ils adoptent une position qui non seulement rompt avec l’Initiative de paix arabe, mais ils cherchent également à négocier la « paix » avec un gouvernement israélien qui n’envisage même pas de bombarder leur pays.

Tout cela soulève une question essentielle : quelle légitimité peut bien avoir une telle administration auprès de son peuple ? Et si elle n’en a pratiquement aucune, comment peut-elle être considérée comme un gouvernement libanais ? Le comportement de ses responsables s’apparente davantage à celui de l’Armée du Lahad qu’à celui d’une administration nationale libanaise.

Article original en anglais sur The Palestine Chronicle / Traduction MR