La nouvelle Doctrine Monroe

Manlio Dinucci, 30 janvier 2026.- Le président Trump a officiellement adopté la Doctrine Monroe, avec laquelle les États-Unis revendiquaient en 1823 le droit d’intervenir militairement en Amérique du Sud et Centrale qu’ils considéraient comme leur zone exclusive d’influence. En revendiquant aujourd’hui le même droit, Trump en étend le rayon à d’autres régions, du Groenland au Moyen-Orient, de l’Europe à l’Asie. Emblématique est la politique suivie par l’Administration Trump à l’égard du Venezuela, de l’Iran et de l’Irak qui, dans la classification des pays avec les meilleures réserves pétrolifères du monde, sont respectivement au premier, troisième et cinquième rang.

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Les USA veulent réduire le Venezuela à un état colonial en s’emparant de ses réserves pétrolifères, les plus grandes du monde.

Le Secrétaire d’État Marco Rubio a ainsi expliqué à la Commission Affaires Étrangères du Sénat pour quoi les États-Unis sont intervenus militairement au Venezuela, en arrêtant le président Maduro pour le juger devant un tribunal étasunien.

« Dans notre hémisphère, nous avions un régime conduit par un criminel narco-trafiquant qui était devenu une base opérationnelle pratiquement pour tous nos concurrents, adversaires et ennemis dans le monde. Pour l’Iran, le Venezuela était le principal point opérationnel dans l’Hémisphère Occidental. Pour la Russie, la principale base opérationnelle dans l’Hémisphère Occidental, avec Cuba et le Nicaragua, était le Venezuela. La Chine recevait du Nicaragua du pétrole avec un énorme rabais, environ 20 dollars le baril, et elle ne le payait même pas. Il était utilisé pour payer les dettes que le Venezuela avait contractées. »

Puis le Secrétaire d’État décrit quelle est aujourd’hui la situation du Venezuela :

« Chaque mois les gouvernants vénézuéliens nous présenteront un budget de ce qu’ils ont besoin que nous financions. Ils ont été très collaboratifs. Ils se sont engagés à utiliser une part consistante de ces fonds pour acheter des équipements et médicaments directement aux États-Unis. Une des choses dont ils ont besoin est le diluant. Il s’agit du brut léger qui doit être mélangé avec leur brut lourd pour que le pétrole puisse être transporté. Auparavant ils l’importaient à 100% de la Russie. Maintenant ils l’importent à 100% des États-Unis. Les gouvernants vénézuéliens méritent une certaine reconnaissance. Ils ont approuvé une nouvelle loi sur les hydrocarbures qui en substance élimine de nombreuses restrictions de l’ère Chavez sur les investissements privés dans l’industrie pétrolifère du pays. Probablement n’est-ce pas suffisant pour attirer des investissements adéquats, mais c’est un grand pas en avant. Il s’agit d’un changement important.»

Les USA dominent l’Irak depuis qu’ils se sont emparé en 2003 de ses réserves pétrolifères, à la cinquième place mondiale.

Le contrôle des États-Unis sur les revenus pétrolifères de l’Irak dérive de la gestion des entrées pétrolifères irakiennes à travers la Federal Reserve Bank de New York. Après l’invasion de 2003, l’Autorité Provisoire de la Coalition (CPA), conduite par les États-Unis, a institué le Fonds de Développement pour l’Irak (DFI), qui a été déposé auprès de la Federal Reserve de New York. Le pétrole est la source de rendement la plus importante de l’Irak, représentant environ 90% du budget de l’État. Cela confère à Washington une influence significative sur la stabilité économique et politique du pays. Quand en 2020 le gouvernement irakien a demandé aux troupes étasuniennes de quitter le pays, Washington a menacé de couper l’accès de l’Irak aux fonds de la Federal Reserve de New York, et Bagdad à la fin a fait marche arrière. Depuis que le président des États-Unis Donald Trump est revenu en fonction, il a entrepris une campagne de pression maximale contre l’Iran, avec l’Irak souvent pris dans le feu croisé parce que Téhéran l’a utilisé comme poumon économique vital.

Après l’attaque contre le Venezuela l’Administration Trump se prépare à attaquer l’Iran, dont les réserves pétrolifères sont au troisième rang mondial.

Trump menace l’Iran avec une « armée massive » et avance une série de requêtes. Des fonctionnaires étasuniens et européens affirment avoir présenté trois requêtes aux Iraniens, parmi lesquelles la cessation définitive de toutes les activités d’enrichissement de l’uranium. L’Iran, qui a adhéré au Traité de non-prolifération et est donc soumis à des contrôles par les Nations Unies, ne possède pas d’armes nucléaires mais, avec une trentaine d’autres pays, pourrait un jour les fabriquer car il n’y a pas de ligne de démarcation nette entre nucléaire civil et militaire.

Israël est au Moyen-Orient l’unique pays qui possède des armes nucléaires et, n’ayant pas adhéré au Traité de non-prolifération, il n’est sujet à aucun contrôle. Les États-Unis aident Israël à moderniser et potentialiser ses armes nucléaires et ils ont bombardé, sur ordre de Trump, ses sites nucléaires. L’objectif stratégique que les USA poursuivent est de rendre impossible que l’Iran puisse un jour se doter d’armes nucléaires de sorte qu’Israël demeure l’unique puissance nucléaire du Moyen-Orient. En même temps les USA veulent empêcher que l’Iran joue le rôle de noeud du Couloir Nord-Sud de la Russie et de la Nouvelle Route de la Soie promue par la Chine. En dernier, mais pas en ordre d’importance, les États-Unis veulent prendre le contrôle du pétrole iranien, comme ils l’ont déjà fait avec celui de l’Irak et commencé à faire avec celui du Venezuela.

Bref résumé de la revue de presse internationale Grandangolo de vendredi 30 janvier 2026 sur mal chaîne TV italienne Byoblu / Traduit de l’italien par M-A P