Partager la publication "La recherche par Israël du corps du dernier prisonnier à Gaza ne saurait justifier la profanation des cimetières palestiniens ni l’atteinte à la dignité des morts"
Euro-Med Monitor, 26 janvier 2026 – Les opérations d’exhumation à grande échelle menées par l’armée israélienne à l’est de la ville de Gaza, sous prétexte de rechercher le corps du dernier prisonnier israélien dans la bande de Gaza, sont profondément alarmantes.

Capture d’écran d’une vidéo diffusée par NBC News. Elle montre les dégâts causés par les forces israéliennes dans un cimetière de Khan Younis lors de recherches de corps de prisonniers israéliens présumés y avoir été enterrés. 19 janvier 2024. (NBC News)
Euro-Med Human Rights Monitor souligne que ce prétexte ne saurait légitimer la violation du caractère sacré des morts palestiniens, la profanation de leurs sépultures ou l’atteinte à la dignité de leurs restes. Toute opération de recherche doit être strictement limitée, soumise à des garanties humanitaires rigoureuses et menée sous supervision internationale neutre.
Ces deux dernières années, Israël a systématiquement détruit des cimetières dans la bande de Gaza, profané et vandalisé des tombes, profané des corps et déplacé des dizaines de dépouilles.
Euro-Med Monitor a examiné des rapports documentés indiquant que l’armée israélienne a profané près de 200 tombes dans un cimetière du quartier de Shuja’iyya, près de la Ligne jaune. Les opérations seraient toujours en cours, sans information indépendante ni vérification neutre permettant de déterminer si des examens sont menés sur place ou si des corps sont déplacés ou transférés. Cette situation accroît considérablement le risque de violations graves et discrédite toute justification de nécessité ou de retenue, notamment au vu des antécédents avérés d’Israël en matière de destruction, de démolition, de profanation et de vol de corps dans les cimetières de Gaza.
L’intensification des exhumations en l’absence de toute présence palestinienne ou internationale neutre, telle que celle du Comité international de la Croix-Rouge, risque de dépasser l’objectif déclaré de recherche d’un corps précis et augmente considérablement la probabilité de profaner les cimetières et de profaner les dépouilles, notamment par le transfert ou la falsification de restes sans trace écrite.
De telles pratiques portent atteinte à la dignité des défunts et infligent un traumatisme psychologique profond à leurs familles en les laissant dans l’incertitude quant au sort et au lieu de sépulture de leurs proches, en leur refusant toute vérification ou information officielle, et en constituant un traitement cruel et une forme de torture psychologique. L’armée israélienne a détruit 21 des 60 cimetières de la bande de Gaza au cours des deux dernières années et a systématiquement vandalisé des cimetières et exhumé des tombes dans toutes les zones où elle a mené des incursions terrestres. Ces actions ont consisté à détruire des tombes au bulldozer, à extraire des restes humains et à les broyer à l’aide d’engins militaires, provoquant ainsi à plusieurs reprises le mélange, la perte et la disparition de dépouilles, ainsi que des dommages aux tombes voisines.
Le 25 décembre 2024, Euro-Med Monitor a reçu de nombreux témoignages concernant le démantèlement par l’armée israélienne du cimetière de Beit Hanoun, dans le nord de Gaza. Des fouilles documentées dans certaines tombes ont révélé le déplacement et l’arrachage de corps récemment enterrés, ainsi que le mélange de restes humains au point de rendre leur identification impossible. Entre le 17 et le 20 décembre 2024, l’armée israélienne a pris d’assaut le cimetière de Sheikh Shaban, dans la ville de Gaza, a détruit des dizaines de tombes et a roulé sur les corps des défunts.
Le 20 décembre 2024, Euro-Med Monitor a documenté d’importants actes de destruction et de vandalisme commis par l’armée israélienne dans un cimetière situé à environ 1,7 kilomètre à l’est du centre de Khan Younis, dans le sud de Gaza, notamment l’exhumation de tombes sur une superficie d’environ 2 500 mètres carrés. Plus tôt dans le mois, l’armée israélienne avait pris d’assaut le cimetière d’Al-Faluja, à Jabalia, dans le nord de Gaza, provoquant des destructions considérables, notamment des dommages aux tombes et aux pierres tombales et la confiscation de plusieurs corps.
Les attaques ont également visé les cimetières Ali Ibn Marwan, Sheikh Radwan, Al Shuhada’ Est, le cimetière tunisien et le cimetière de l’église Saint-Porphyre, tous situés dans la ville de Gaza et ses zones nord. Le cimetière central de Khan Younis, dans le quartier autrichien, a également été pris pour cible : des dizaines de tombes ont été détruites, de larges fosses ont été creusées, des restes ont été mélangés et ont disparu, des tombes voisines ont été endommagées et la dignité des défunts a été bafouée.
Selon la documentation d’Euro-Med Monitor de ces derniers mois, Israël viole systématiquement le caractère sacré des morts et des cimetières, en violation flagrante du droit international humanitaire et des règles de la guerre. Ces textes exigent la protection des cimetières pendant les conflits armés, le respect dû aux morts et la préservation des tombes, et interdisent leur profanation.
Les opérations de recherche menées par Israël pour retrouver le corps du dernier prisonnier israélien dans la bande de Gaza ne justifient en aucun cas la violation du caractère sacré des morts palestiniens ni l’exhumation de tombes palestiniennes. Le respect de la dignité des défunts est une obligation sans discrimination. Toute atteinte aux dépouilles, aux lieux de sépulture ou toute profanation de cimetières est interdite.
Le droit international humanitaire interdit le vol de corps et affirme que les traitements dégradants et les atteintes à la dignité, notamment celle des défunts, constituent un crime de guerre au regard du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
L’arrêt immédiat de toutes les exhumations et opérations de terrassement est impératif, de même que l’abandon de toute mesure de recherche unilatérale. Toute opération de recherche déclarée doit être soumise à des restrictions strictes, écrites et publiques définissant précisément son champ d’application et limitant au maximum les ingérences.
Euro-Med Monitor appelle à la présence d’un organisme neutre et compétent, tel que le Comité international de la Croix-Rouge, afin de documenter minutieusement chaque ouverture de tombe, y compris l’identification et les coordonnées des tombes visées, d’empêcher le transfert de toute dépouille hors de la bande de Gaza, de garantir la réinhumation au même endroit sans modification et de réhabiliter les cimetières endommagés de manière à préserver la dignité des défunts et les droits de leurs familles.
Euro-Med Monitor souligne la nécessité pour la Cour pénale internationale et les mécanismes d’enquête pertinents des Nations Unies de remplir leur rôle dans l’enquête sur la destruction systématique des cimetières palestiniens et le vol de corps dans le cadre de dossiers plus larges sur les crimes commis par Israël dans la bande de Gaza, afin de garantir les responsabilités, de prévenir l’impunité et de faire respecter la dignité des morts.
Article original en anglais sur euromedmonitor.org / Traduction MR