« Conseil de la Paix » : une ONU parallèle sous l’hégémonie américaine absolue

Sayid Marcos Tenorio, 27 janvier 2026. L’annonce faite par Donald Trump à Davos concernant la création d’un prétendu « Conseil de la Paix » n’est pas un geste de pacification, mais une manœuvre politique de l’impérialisme américain.

En rouge : les pays ayant accepté de faire partie du « conseil de la paix » ; en orange : les pays invités ; en bleu, les pays ayant refusé.

Il s’agit d’une tentative délibérée de construire une Organisation des Nations Unies parallèle, vidée de tout principe de souveraineté, de légalité internationale et de véritable multilatéralisme, et placée sous le contrôle absolu des États-Unis, avec Israël comme partenaire stratégique privilégié.

Le fait que Trump ait désigné Gaza comme point de départ des activités du Conseil n’est pas fortuit. Gaza est aujourd’hui l’épicentre d’un génocide en cours, perpétré par Israël avec le soutien politique, militaire, financier et diplomatique sans restriction des États-Unis.

Faire de Gaza le premier « laboratoire » de ce Conseil revient, en pratique, à normaliser le génocide, à transformer la destruction totale d’un peuple en une plateforme pour la réorganisation néocoloniale du système international. Sous couvert d’un discours cynique sur la « paix », Trump cherche à gérer la situation post-génocide, non pas pour garantir la justice, l’autodétermination ou une reconstruction souveraine de la Palestine, mais pour imposer un nouvel ordre régional fondé sur la soumission politique, la sécurité israélienne et le contrôle stratégique des ressources et des voies de communication du Moyen-Orient. Le « Conseil de la paix » naît ainsi entaché du sang palestinien.

Cette initiative doit être comprise dans le contexte de la crise structurelle de l’hégémonie américaine. Bien que les États-Unis conservent un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU, leur capacité à imposer des décisions sans contestation est en déclin.

La montée en puissance des pays émergents, la fragmentation du système international et la perte de crédibilité des institutions sous contrôle occidental poussent Washington vers des mécanismes parallèles plus autoritaires, plus opaques et bien moins soumis à un contrôle juridique.

Le « Conseil de la paix » est l’expression ultime de cette course effrénée vers l’avant : un organe informel sans fondement en droit international, au sein duquel les États-Unis s’érigent en juge, en exécuteur et en ultime bénéficiaire des décisions mondiales. Un forum où le droit de veto cesse d’être institutionnel pour devenir impérial, exercé dans les faits sans le moindre artifice.

La réunion de Davos a révélé bien plus encore. L’absence des principales puissances européennes – l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni – a mis en lumière les fractures internes au sein du bloc occidental.

Cette absence n’est ni anodine ni purement protocolaire : elle exprime un malaise, une méfiance et, dans une certaine mesure, un refus européen de soutenir une initiative qui sent l’aventurisme unilatéral, surtout à un moment où Gaza expose brutalement la faillite morale de l’Occident.

Trump espérait une légitimation mondiale, mais n’a obtenu le soutien que de moins de vingt pays, pour la plupart des régimes autoritaires, des gouvernements fragiles ou des États dépendants de la tutelle américaine.

Les déclarations triomphalistes de Trump sur « le début de la paix dans le monde » sonnent comme une moquerie face aux ruines de Gaza. Il ne peut y avoir de paix en dehors du droit international, de la Charte des Nations Unies, de la reconnaissance du droit des peuples à l’autodétermination. Et c’est précisément ce cadre juridique que les États-Unis et Israël ont systématiquement violé, de la Palestine à l’Irak, de la Syrie au Liban.

La participation israélienne à cette annonce est révélatrice. Israël n’a pas besoin de ce conseil pour poursuivre sa politique agressive. Il lui suffit de légitimer le fait accompli : le nettoyage ethnique, l’apartheid et le génocide présentés comme des « problèmes de sécurité ».

Plus grave encore, ce « Conseil de la paix » est lié à une stratégie d’escalade régionale, dont l’Iran est une cible centrale.

En réorganisant le système international à partir de Gaza, les États-Unis cherchent à créer les conditions politiques et diplomatiques nécessaires pour isoler l’Iran, justifier de nouvelles sanctions, des opérations secrètes et, à terme, une agression militaire directe.

Gaza n’est pas une fin en soi. C’est le début d’une offensive plus vaste contre toute forme de résistance à l’ordre impérial américain.

Au Moyen-Orient, l’idée se répand que Trump agit selon la logique coloniale classique : imposer par la force, diviser pour régner, exploiter les ressources et écraser toute résistance. Historiquement, cette logique n’a jamais engendré la paix, seulement des guerres, des coups d’État, des déplacements forcés de population et des cycles de violence sans fin.

L’ascension de Trump n’est pas une déviation, mais la radicalisation d’un modèle en crise. La tentative de remplacer l’ONU par des instances contrôlées par l’empire ne témoigne pas de force, mais de désespoir stratégique.

Le « Conseil de la paix » de Trump n’inaugure pas une nouvelle ère de stabilité. Il inaugure une phase encore plus dangereuse de l’impérialisme, où le génocide à Gaza est traité comme un détail, la guerre contre l’Iran comme une possibilité concrète et le droit international comme un obstacle négligeable.

Il ne s’agit pas de paix. Il s’agit de domination. Et les peuples du monde — de la Palestine à l’Iran, de l’Amérique latine à l’Afrique — savent, par expérience historique, qu’aucune paix n’est possible sous l’occupation, l’apartheid et la tutelle impériale.

Article original en anglais sur Middle East Monitor / Traduction MR.