Partager la publication "Campagne des Rubans Rouges : Nous devons agir avant que les otages palestiniens ne soient exécutés dans les pires prisons du monde"
Adnan Hmidan, 14 janvier 2026.- Les avertissements ne suffisent plus. La condamnation seule n’a plus aucun poids. Nous vivons un moment qui restera gravé dans les mémoires, non pas pour les paroles, mais pour les actes. Aujourd’hui, dans les prisons israéliennes, les Palestiniens ne sont plus simplement détenus. Ils sont poussés, pas à pas, vers une réalité où la mort elle-même est inscrite dans la loi, où l’exécution n’est plus un crime mais une procédure, non plus une exception mais une politique.

La Campagne Free Palestinians Hostages sur Instagram.
Il ne s’agit plus seulement de conditions de détention inhumaines, ni même de violations systématiques des droits des prisonniers. Le danger est désormais plus profond. Ce qui se déploie, c’est une tentative systématique de refaçonner la justice pour l’adapter aux besoins de l’occupation, de transformer les procès en simples formalités avant la peine et de réduire le droit à un instrument de représailles plutôt que de protection. De nouvelles lois, des voies de recours juridiques exceptionnelles et un discours politique ouvertement hostile évoquent désormais l’exécution non avec gêne, mais avec assurance, voire fierté. Dans un tel climat, tout voile juridique est tombé et tout masque moral est ôté.
[Lire : « Israël: un projet de loi à la Knesset prévoit la pendaison des détenus palestiniens », TRT, 14.01.2026]
Les organisations de défense des droits humains du monde entier ont lancé des avertissements clairs concernant cette perspective, notamment la volonté de créer des tribunaux « spéciaux » réservés aux Palestiniens. Ces tribunaux ne se contentent pas de bafouer le principe d’égalité devant la loi ; ils détruisent l’idée même de justice. Ils opèrent en dehors des normes internationalement reconnues et dans un espace dominé par les priorités sécuritaires plutôt que par l’indépendance de la justice. Lorsqu’une personne comparaît devant un tribunal conçu spécialement et exclusivement pour elle, non pas pour lui rendre justice, mais pour garantir sa condamnation, la justice cesse d’exister. C’est une mise en scène où l’issue est connue avant même que le premier mot ne soit prononcé.
La menace ne s’arrête pas aux portes du tribunal. Elle se traduit par une politique croissante de refus systématique de libération, anéantissant tout espoir réaliste de liberté par le biais d’un échange, d’une libération conditionnelle ou d’un véritable contrôle judiciaire. Nous assistons à une dangereuse dérive : d’une punition limitée à une punition sans fin, de l’emprisonnement comme mesure légale à l’emprisonnement comme peine politique permanente. Cette approche aggrave la détention arbitraire, renforce l’isolement et prive les détenus des formes les plus élémentaires de lien humain, transformant les prisons en lieux d’impunité et d’absence de compassion.
Le plus inquiétant est sans doute la préparation ouverte à la peine de mort, surtout lorsqu’elle est présentée comme obligatoire, discriminatoire et visant directement les Palestiniens. Cela constitue une grave atteinte au droit à la vie et fait planer la terrifiante possibilité d’exécutions à l’issue de procès davantage influencés par la politique que par la justice. Toute tentative d’appliquer une telle peine rétroactivement ou de manière sélective bafoue le principe de légalité et transforme la loi en un instrument d’élimination plutôt que de protection. Cette crainte n’est pas lointaine. C’est une voie qui se dessine déjà, pas à pas, sous les yeux d’un monde qui semble de plus en plus enclin à détourner le regard.
C’est de ce sentiment d’urgence qu’est née la Campagne des Rubans Rouges, non comme un slogan, ni comme un geste, mais comme un cri d’alarme. Un avertissement lancé avant que les cellules de prison ne deviennent des chambres d’exécution, et avant que le silence ne devienne complicité. Le rouge a été choisi pour une raison qui dépasse l’esthétique : il symbolise le danger, la couleur du sang et la couleur du signal ultime, lorsque les mots ne suffisent plus. C’est la couleur de la liberté lorsqu’elle est arrachée par la force et celle de l’injustice lorsqu’elle est subie en silence.
La campagne appelle à une action numérique coordonnée dès le jeudi 15 janvier au soir, sous deux hashtags clairs : #الحرية_للأسرى et #FreePalHostages [Liberez les otages palestiniens].
L’objectif est de redonner un visage humain aux personnes détenues dans les prisons israéliennes, non pas comme des statistiques, et certainement pas comme des figures politiques abstraites, mais comme des médecins qui soignaient autrefois d’autres personnes, des femmes dont la vie a été brisée et des enfants qui auraient dû être à l’école, et non en prison. Il s’agit de briser un discours qui permet de rendre visible la souffrance d’un camp tandis que la douleur de l’autre est délibérément et de force occultée.
L’action se déplacera ensuite des écrans aux rues le samedi 31 janvier, avec l’affichage de posters montrant les visages des otages palestiniens dans l’espace public. Il ne s’agit pas d’une mise en scène, mais d’un moyen de se souvenir des personnes disparues de leur vivant, sans attendre leur décès pour leur rendre hommage. C’est une façon d’affirmer : ces vies comptent maintenant, pas plus tard.
Mais ce mouvement n’aura de sens que s’il appartient aux citoyens et non seulement aux organisations, mouvements ou campagnes. Il ne réussira que s’il devient une affaire personnelle. Nul besoin d’autorisation spéciale pour témoigner de sa solidarité. Nul besoin de mandat officiel pour agir. Une photo peut être affichée dans votre quartier, ornée de rubans rouges ; une photo prise, puis partagée. Ce faisant, vous rejoignez un mouvement plus vaste, non pas une campagne de protestation, mais une communauté de conscience.
Il ne s’agit pas d’un désaccord politique que l’on peut reporter. C’est une épreuve morale qui exige une réponse immédiate. Agirons-nous avant que les exécutions n’aient lieu, ou nous contenterons-nous de paroles de regret après coup ? Ferons-nous entendre notre voix tant qu’il est encore temps, ou la réserverons-nous pour des déclarations qui arriveront trop tard ?
La Campagne des Rubans Rouges ne sera peut-être pas le dernier chapitre de ce combat, mais elle pourrait être l’une des dernières chances d’empêcher qu’un chapitre plus sombre ne s’écrive. L’histoire est impitoyable envers ceux qui restent à l’écart. Le sang versé est irrécupérable. Et la justice, lorsqu’elle est abandonnée au moment du danger, n’est plus qu’une histoire que l’on se raconte plus tard.
Nous devons agir maintenant, non pas pour attirer l’attention, mais parce que nous refusons de rester les témoins silencieux de l’exécution d’otages palestiniens dans les pires prisons du monde.
Article original en anglais sur MEMO / Traduction MR