Partager la publication "Contrôle de Jérusalem par l’ingénierie : De l’aéroport d’Atarot au démantèlement de Sheikh Jarrah"
The Palestinian Information Centre, 12 janvier 2026. Les autorités d’occupation israéliennes ne se contentent pas de discuter de deux nouveaux projets de colonisation à Jérusalem ; elles entrent dans une nouvelle phase par le biais de l’urbanisme, où les cartes deviennent des outils de décision politique et les comités de planification une arme silencieuse pour redessiner le visage de la ville et imposer des faits irréversibles sur le terrain.
Le gouvernorat de Jérusalem a averti que les deux projets inscrits à l’ordre du jour du soi-disant Comité de planification et de construction de district représentent un bond qualitatif dans le projet de judaïsation de la ville, révélant un changement de cap de la part de l’occupation, passant d’une politique d’« expansion progressive » à une politique d’encerclement géographique complet de Jérusalem, qui la coupe de son environnement palestinien.
Aéroport de Jérusalem : Abattre le symbole avant la terre
Le projet Atarot concerne le terrain de l’ancien aéroport international de Jérusalem, un site d’une importance capitale dans la conscience politique palestinienne, car l’aéroport constituait l’un des symboles les plus importants de la souveraineté potentielle dans toute future colonie. Aujourd’hui, cette zone est vouée à se transformer en un vaste bloc de colonisation comprenant près de 9.000 logements, faisant de facto de Jérusalem-Est une enclave israélienne fermée.

Ce qui restait de l’Aéroport International de Jérusalem en janvier 2023 (photo Commons.wikimedia.org)
Khalil Tafakji, spécialiste des questions de colonisation, explique que le danger de ce plan « réside non seulement dans le nombre de logements, mais aussi dans leur emplacement », soulignant que « l’occupation coupe la seule voie de communication reliant Jérusalem à Ramallah, transformant la ville en une île assiégée par les colonies ».
Il ajoute que ce plan « annule de fait l’idée même de Jérusalem-Est comme capitale potentielle, car une ville sans profondeur géographique et sans lien avec la Cisjordanie ne peut être la capitale d’un État ».
Colonisation démographique : des chiffres soigneusement calculés
Selon les estimations d’experts, la mise en œuvre du seul plan Atarot ajouterait des dizaines de milliers de colons en quelques années, à un moment où les quartiers palestiniens sont soumis à des politiques de démolition systématiques, au refus de permis de construire et à des taxes exorbitantes qui contraignent les habitants à l’exil. Tafakji estime qu’Israël « ne se contente pas de construire des logements, mais modifie l’équilibre démographique », soulignant que « chaque nouvelle unité de colonie correspond à une famille palestinienne menacée d’expulsion, que ce soit par démolition ou par asphyxie économique ».
Sheikh Jarrah : L’exemple le plus flagrant de déplacement forcé
C’est dans le quartier de Sheikh Jarrah que la politique de colonisation se manifeste sous sa forme la plus manifeste. Le plan Nahalat Shimon ne vise pas des terrains vagues, mais un quartier habité où des Palestiniens vivent depuis des décennies, et prévoit sa destruction complète au profit d’une nouvelle colonie.

Des militants palestiniens, israéliens et étrangers manifestent contre l’occupation israélienne et la colonisation des territoires palestiniens [Photo : Ahmad Gharabli/AFP]
Il souligne que ces lois « violent le principe d’égalité devant la loi et privent les Palestiniens de toute véritable protection juridique, même devant les tribunaux israéliens ».
Démantèlement du quartier, et pas seulement expansion des colonies
Le ciblage ne se limite pas à la construction de colonies ; il vise à démanteler le tissu urbain et social du quartier par le biais de projets de liaison entre les colonies, traversant Karm al-Mufti et le Mont Scopus, et atteignant les abords de l’Université hébraïque.
Nasser Al-Hedmi, militant de Jérusalem, explique que l’objectif est de « couper Sheikh Jarrah en deux et d’éliminer son rôle de zone tampon historique », ajoutant que « l’occupation cherche à créer une continuité interne des colonies reliant les deux moitiés de Jérusalem au détriment des quartiers palestiniens ».
Effacement de la Ligne verte et redéfinition de Jérusalem
Les experts estiment que ces projets s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à effacer définitivement la Ligne verte et à redéfinir Jérusalem comme une ville « unifiée » selon la vision israélienne, sans tenir compte des conditions politiques ou juridiques. Tafakji souligne que ces politiques « constituent une violation flagrante de la Quatrième Convention de Genève », insistant sur le fait que « le transfert de la population de la puissance occupante vers un territoire occupé est un crime de guerre, quelle que soit la couverture juridique ou administrative qui lui est donnée ».
Jérusalem : Un combat pour la survie, pas pour des cartes
Le Gouvernorat de Jérusalem affirme que ce qui se déroule actuellement n’est pas un simple projet d’urbanisme, mais un combat pour la survie de la ville, de ses habitants et de son histoire. Il avertit que le silence international encourage Israël à imposer des faits accomplis.
Il souligne que la défense de Jérusalem n’est plus seulement un enjeu politique, mais un combat juridique, humanitaire et moral qui exige une action internationale résolue, avant que la ville ne soit transformée en une nouvelle réalité qui ne ressemble plus ni à ses habitants ni à son histoire.
Article original en anglais sur PIC / Traduction MR